‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 176 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME 35 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 35 I

l'accompagnait. Il était posssible d'entretenir avec Taris des relations suivies. Mlle Mendelssohn recevait les bonnes feuilles du livre De F Allemagne ; elle les communiqua à Varnhagen, qui, pendant quelques mois de cette année 1810, habita Paris en qualité d'aide de camp du colonel autrichien prince Bentheim. Le premier Allemand qui fut ainsi à même de se prononcer su.' le livre consacré à la gloire de son pays oublia qu'il convenait de le juger non au point de vue allemand, mais par rapport à l'influence qu'il était destiné à exercer sur les idées en France. Plus tard, il a regretté lui-même d'en avoir parlé sur un ton de partialité injuste1.

Avec Varnhagen était venu à Paris son ami Adalbert de Chamisso. Né en 1781 en Champagne, au château de Boncourt, qu'un de ses poèmes a immortalisé, chassé de la France avec les siens par la Révolution, d'abord peintre en miniatures, puis page de la reine Louise" ensuite lieutenant et docteur en philosophie, le jeune homme avait fait de bonne heure le dur apprentissage de la vie et pris part aux luttes de ces temps agités. « L'Allemagne n'existe plus et la France m'est odieuse », écrivait- il en 1806 à Varnhagen 2. Sur le désir de ses parents il était rentré, dans son pays natal pour y reprendre racine et devenir professeur au lycée de Napoléonville, en Vendée. Le préfet du département était depuis 1809, ainsi que nous l'avons dit plus haut, Prosper

1 * Varnhagen von Ense, Mémoires et divers écrits, VII, -56-51.

2 * Karl Fulda, Chamisso et son temps,21.

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de Barante, alors âgé de vingt-six ans. On comptait sur le jeune préfet pour acclimater ce Français devenu Allemand. Il commença par introduire Chamisso au château de Chaumont. Celui-ci trouva Mme de Staël et son entourage à peu près tels que le baron de Voght les avait dépeints à Mme Récamier un an auparavant : « Dans tous les coins il y a quelqu'un qui compose quelque ouvrage » . On travaillait en effet toute la journée. Mme de Staël corrigeait des épreuves, Schlegel s'occupait de ses leçons sur l'art dramatique ; on se réunissait pour les repas, à midi, à six heures, et le soir à onze, et au début Chamisso se trouva fort mal à son aise. Il ne convenait pas à ce milieu, écrit-il, manquait de toute liberté, n'aimait personne pas plus qu'on ne l'aimait ; il lui était même très difficile de fumer, habitude dont il ne pouvait se passer. Une allée du jardin se nommait 1' « allée des explications », car « le diable est toujours déchaîné, l'amitié, dans ce pays-ci, est plus jalouse que l'amour » . Le soir, autour d'une table ronde, sur laquelle il y avait des plumes, de l'encre et du papier, on s'entretenait au moyen de la « petite poste », tête-à-tête épistolaire auquel Schlege seul ne prenait point de part. Celui-ci, toujours d'après Chamisso, était traité avec toute l'amitié et l'estime possibles, mais il se montrait jaloux et dominateur, tandis que Mme de Staël, qui en apparence semblait tout diriger, s'accommodait de fait aux désirs et aux caprices des autres l. Chamisso modifia son

1 * Karl Fulda, Chamisso et son temps, 107-111.

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