‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 178 sur 341 · CHAPITRE QUATRI EME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRI EME

taire du château. Celui-ci, un certain M. Le Roy, était allé avec les siens aux Etats -Unis, d'où il revenait plus tôt qu'il n'en avait eu d'abord l'intention. Il demanda vainement à Mmo de Staël de rester. Elle partit pour le château de Fossé, qu'un de ses amis, M. de Salaberry, mettait à sa disposition. A la différence de Chaumont, cette nouvelle résidence était simple et sans attrait ; mais Mme Récamier y avait suivi son amie, le soir on faisait de la musique que les villageois des environs accouraient entendre, et il y avait des allées et venues de connaissances. L'opéra de Cendrillon, représenté à Paris avec un grand succès, ayant été donné dans la ville voisine de Blois, Mme de Staël y mena sa société et fut escortée par la foule à sa sortie du théâtre.

Enfm, le 23 septembre, elle acheva la correction de l'ouvrage qui l'avait occupée pendant six années entières. Les formalités extérieures qui restaient à remplir lui étaient indiquées. Un décret impérial en date du 5 février 1810 obligeait les éditeurs à soumettre chaque manuscrit à la censure avant de le livrer à l'impression ; mais cette formalité n'était pas tout, carie décret réservait au directeur général le droit draconien de supprimer les ouvrages, même après avoir été examinés, imprimés et autorisés à paraître. En vertu de cette disposition, l'éditeur de Mme de Staël avait soumis à un censeur l'œuvre qui lui avait été confiée. Puis, sans attendre la décision de celui-ci, il avait, sous sa responsabilité, commencé l'impression ■ .

1 Welschinger, La Censure sous le premier Empire, 175.

3b6 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

Dans le courant des dernières années, l'attention de l'Empereur avait été dirigée à plusieurs reprises sur Mm* de Staël, la première fois à l'instigation de son fils Auguste.

En janvier 1808 Napoléon traversa la Savoie et s'arrêta quelque temps à Chambéry Le jeune Staël s'y rendit à l'insu de sa mère, pour obtenir de lui la révocation des mesures édictées contre elle. L'audience qu'il sollicitait lui fut accordée le matin, après le déjeuner de l'Empereur, qui entama la conversation en lui disant: « D'où venez-vous? — Sire, de Genève. — Où est votre mère ? — Elle est à Vienne, ou près d'y arriver. — Eh bien ! elle est bien là, elle doit être contente,, elle va apprendre l'allemand. Votre mère n'est pas mâchante ; elle a de l'esprit, beaucoup d'esprit, mais elle n'est habituée à aucune espèce de subordination ; elle a été élevée dans la confusion de la Révolution ou de la monarchie tombante ». Le jeune homme, qui heureusement pour lui ne se sentait nullement intimidé, insista et pria pour qu'il fut permis à sa mère de revenir à- Paris. « Votre mère, reprit l'Empereur, n'aurait pas été six mois à Paris, que je serais forcé de la faire mettre à Bicêtre ou au Temple ; j'en serais fâché, parce que cela ferait du bruit ; cela me nuirait un peu dans l'opinion : ainsi, dites bien à votre mère que, tant que je vivrai, elle ne rentrera pas à Paris... Elle ferait des folies, elle verrait du monde elle ferait des plaisanteries ; elle n'y attache pas d'importance, mais moi j'en mets beaucoup, je prends tout au sérieux... Vous êtes bien jeune ; si vous aviez mon âge, vous jugeriez

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