‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 18 sur 341 · CHAPITRE PREMIER 3j · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 3j

les écrivains français. La discussion sur lestrcis unités, la loi et la construction de la tragédie française, l'intéressa aussi en ce sens surtout, qu'elle l'amena de bonne heure aies combattre \ Vers la fin de sa vie, en 1830, il revint sur ce sujet et exprima son jugement en termes remarquables: « Souhaitonsnous un nouveau Racine, même avec les défauts de l'ancien. Les chefs d' œuvre de la scène française restent à jamais des chefs-d'œuvre. Leur représentation m'a hautement intéressé même dans mon enfance, alors que j'habitais Francfort ; c'est à ce moment que je conçus le dessein d'écrire des drames ».

Et passant à Victor Hugo et à sa révolte contre le classicisme, il ajoutait : « La nation française est la nation des extrêmes ; elle ne connaît de mesure en rien. Appuyé, sur une force morale et physique étonnante, le peuple français pourrait soulever le monde, s'il savait trouver le point central... C'est l'unique peuple de la terre dans l'histoire duquel nous rencontrions la nuit de la Saint-Barthélémy et la fête de la Déesse Raison, le despotisme de Louis XIV et les orgies des sans-culottes, et, presque dans la même année, la prise de Moscou et la capitulation de Paris. Il faut donc craindre qu'en littérature aussi, après le despotisme d'un Roileau, on voie apparaître la licence effrénée et le rejet de toute loi * ».

Ce vif intérêt de Gœthe pour les choses françaises,

1 * H. Düntzer, Vues de Gœthe sur Vessence de la tragédie. Annales g œtkienn es , 1881, 132.

2 * Annales gœtfiiennes, 1886, 226-227. Deux visites d'un Polonais à Gœthe, 1829, 1830.

même quand il s'affirmait aux dépens de ses vues à elle, demeurait pour Mme de Staël une source d'excitation qu'elle eût vainement cherchée ailleurs. Dans l'entourage de Schiller on était parfois tenté de lui répondre, en citant le poète lui-même :

Tu invoques des dieux étrangers

Qui ne sont pour nous ni sacrés ni respectables1.

Gœthe, au contraire, possédait la large sympathie intellectuelle qui acceptait les choses du dehors comme celles de son propre pays et ignorait les divergences nationales. Mais Gœthe n'était pas toujours abordable, et Charles- Auguste lui-même frappait parfois inutilement à sa porte. « Ce serait très gentil », lui écrivait le prince vers le milieu de janvier, « si demain soir tu invitais à prendre le thé chez toi Mme de Staël, Schiller et sa femme, la petite Schardt, les Seebach, la lagemann, les Schlick, les Einsiedel et moi, si ensuite tu nous donnais quelque chose de froid — ou même rien de pareil — mais si tu faisais faire de la musique, besogne dont personne ne s'acquitterait aussi bien que Destouches. Réponds-moi donc un mot à ce sujet 2 » . La réponse fut négative, et Mme de Staël dans l'intervalle dut se tirer d'affaire sans Gœthe. Elle réussit au-delà de toute attente.

A Weimar, d'où Bœttiger annonçait dans la Gazette universelle du 31 janvier, et de la façon la plus

1 * Annales gœthiennes, 1883, 248. Charlotte Schiller à Gœthe, 21 décembre 1803.

2 *H. Düntzer, Gœthe et Char les- Auguste, 11,463.

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