‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 185 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME 3Ö · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 3Ö

aux difficultés que rencontrait la publication de son livre, la laissa assez calme. Elle répondit en promettant de se soumettre aux exigences de la censure. Cependant, l'attitude de ses amis lui donna à réfléchir, car ceux-ci savaient par Auguste de Staël, arrivé dans l'intervalle, quel nouveau coup lui était porté. Ce fut Matthieu de Montmorency qui dut lui appreudre, avec tous les ménagements possibles, que l'édition entière de son livre avait été confisquée par la police et qu'elle-même avait reçu, depuis le 24 septembre, l'ordre de quitter la France dans les vingtquatre heures et de se rendre soit à Coppet, soit aux Etats-Unis.

Elle ne dut qu'à la bienveillance personnelle du préfet de Loir-et-Cher, le baron de Corbigny, de pouvoir sauver son manuscrit. Il avait ordre de le livrer, mais il se contenta dune mauvaise copie qui lui restait, et pendant ce temps le manuscrit fut déposé en lieu sûr1. « Cette nouvelle douleur méprit l'âme avec une grande forcer , lit -on dans Dix minces d'exil. Pourtant, Mme de Staël chercha à conserver son calme et avant tout elle resta digne. Sur sa demande, Schlegel et un Russe dont le nom revient souvent dans la correspondance de ses amis, le baron deBalk, se rendirent à Paris, pour voir ce qui restait à faire. Sa plus grande préoccupation était de voir paraître son livre avec des changements auxquels elle n'avait

1 Mme de Staël, Dix années d'exil, 2e partie, chap. 1. — Welschinger, La Censure sous le premier Empire, 175-183; appendice, 347-359.

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pas consenti, ou même avec des additions en désaccord avec toutes ses idées. De plus, Schlegel était chargé de répondre au nom de Mmede Staël, à ce reproche qu'on lui faisait de n'avoir pas nommé l'Empereur, et de dire que sa situation lui imposait ce silence comme un devoir: « Un éloge qui pourrait laisser soupçonner qu'il a été dicté par Pint4rêt,#ne serait pas digne de l'Empereur ». Elle réclamait du ministre de la police un court délai pour prendre les dispositions nécessaires à un retour en Suisse ou à son départ pour l'Amérique \ Elle voulait s'embarquer sur un bateau américain, mais en tout cas toucher l'Angleterre avant de quitter l'Europe. Dans sa réponse du 3 novembre, le duc de Rovigo lui accordait la première partie de sa demande ; puis il continuait ainsi :

« Il ne faut point rechercher la cause de l'ordre que je vous ai signifié, dans le silence que vous avez gardé à l'égard de l'Empereur dans votre dernier ouvrage ; ce serait une erreur : il ne pouvait pas y trouver de place qui fût digne de lui ; mais votre exil est une conséquence naturelle de la marche que vous suivez constamment depuis plusieurs années. 11 m'a paru que l'air de ce pays-ci ne vous convenait point, et nous n'en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez.

« Votre dernier ouvrage n'est point français ; c'est

1 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar. 172. Mme de Staël à Mme Récamier, 5 octobre 1810.

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