‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 187 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME 3y · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 3y

laquelle elle s'engageait à ne faire imprimer ellemême ni publier par des tiers, dans d'autres pays du continent, le livre De r Allemagne l. On nia cependant, dans les cercles officiels de la capitale, que ce fût là la cause du mécontentement de l'Empereur contre Barante, et l'on fit valoir, à l'appui de cette affirmation, que celui-ci avait provoqué le mécontentement du maître par une fête qu'il avait donnée, dans l'automne de 1810, à l'impératrice Joséphine, de passage à Genève. 11 fut rappelé au mois de déceml.re et remplacé par un certain M. Capelle, qui ne laissait rien à désirer sous le rapport de la servilité. L'ancien préfet déclina la proposition qu'on lui fit d'entrer dans l'Université et se retira dans la vie privée 2.

Pendant ce temps, l'éditeur Nicole, qui s'était chargé de la publication du livre de Mme de Staël, subissait une perte de cinquante mille francs, qui amenait sa faillite. La censure lui donna cinq cents francs pour le papier de Fouvrage mis au pilon ; Mme de Staël lui envoya quinze mille francs, mais ne put conjurer sa ruine. «Quoi!», dit Savary au jeune Auguste de Staël, qui lui adressait des réclamations, « nous aurons fait la guerre pendant quinze ans pour qu'une femme aussi célèbre que madame votre mère écrive un livre sur l'Allemagne et ne parle pas

1 Welschinger, La Censure sous le premier Empire, 371-

* Bardou*, Le comte de Montlosier et le gallicanisme, 159-162. Montîo9ier à Barante, décembre-janvier lblO-

de nous ! ! ». « Notre littérature», écrivit un critique officiel, « est trop jalouse de son honneur et de ses prérogatives, pour les céder si facilement à Mmede Staël2 ».

Peu de temps après, Gerando, nommé membre de la Consulte romaine, passa par Genève, sans que lui ni sa femme missent à profit cette occasion d'aller voir leur amie de Coppet. Celle-ci ressentit vivement le procédé. « J'ai trop d'estime pour l'ensemble de votre caractère et de votre vie », lui écrivait-elle le 14 septembre 1810, «pour me permettre de juger ce que je ne comprends pas, et si les circonstances changent, vous me retrouverez ce que j'étais. 11 m'est bien impossible de ne pas admirer votre esprit et de ne pas croire à la bonté de votre cœur, mais je m'afflige des circonstances qui ont jeté un voile sur une amitié que je croyais inaltérable. Nous avons deux amis communs qui vous parleront de moi, et cette manière indirecte de tenir à vous préparera peutêtre le temps où nous nous retrouverons » . Dans une lettre à Camille Jordan se trouve cette remarque au sujet de Gerando : « 11 met trop de philanthropie dans l'amitié, et Ton a peur d'être traitée par lui comme un pauvre 3 ». Elle fit part à la duchesse Louise de

1 Sainte-Beuve, Camille Jordan. Nouveaux Lundis, XII, 255. Mme de Staël à Camille Jordan, Coppet, 1er novembre 18^0.

* Amar de Rivier, Quinzaine littéraire, 1810.

3 Sainte-Beuve. Camille Jordan. Nouveaux Lundis, XII, 255. Mme de Staël à Camille Jordan, Genève. 16 janvier 1810. — De Gerando, Lettres inédites, etc., 76. Mme de Staël à Gerando (1810).

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