CHAPITRE QUATRIEME
ce qui s'était passé, et comment elle était punie de n'avoir pas loué l'Empereur, ou plutôt de ne point parler ni de lui ni des Français et d'avoir donné trop de louanges aux Allemands et en particulier aux Prussiens, dont, disait Napoléon, «on ne pouvait jamais faire des hommes ' » .
Ici la mémoire de Mma de Staël la trompée; le mot est de Savary, elle même le cite à Camille Jordan ; le ministre avait même ajouté « qu'on ferait plutôt du vin muscat avec du verjus que des hommes avec des Prussiens 2 ». Après la défection d'Yurk, le 1er mars 1813 , Napoléon déclara que les Prussiens n'étaient pas une nation, qu'ils n'avaient pas d'orgueil national, qu'ils étaient les Gascons de l'Allemagne. « Les Prussiens sont des éventuels. Nous les avons toujours méprisés 3 » .
L'Empereur, du reste, avait prononcé contre luimême un arrêt plus accablant mille fois que toutes les accusations de ses adversaires. « Fontanes, savezvous ce que j'admire le plus dans le inonde ? », dit-il eu septembre 1808 au poète, qu'il venait dénommer grand-maitre de l'Université. « C'est l'impuissance de la force pour organiser quelque chose. Il n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre et
1 L'Auteur dea Souvenirs de Mme Récamier, Coppet e Weimar, 174-176. Mme de Staël à la duchesse Louise, Coppet, 20 octobre 1808.
* Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, XII, 315 : Camille Jordan. Mm* de Staël à Camille Jordan, 1er novembre 1810.
3 * W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, I, 89, note.
l'esprit. J'entends par l'esprit les institutions civiles et religieuses. A. la longue, le sabre est toujours battu par l'esprit1 ».
1 Sainte-Beuve, Portraits littéraires, II, 267 : Fontanes.