‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 195 sur 341 · CHAPITRE CINQUIEME 3g I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME 3g I

Jean de Müller, même Wieland, ne jugeaient pas autrement. L'homme pour lequel des esprits si supérieurs et si différents l'un de l'autre professaient une admiration si profonde aura toujours droit à un intérêt sympathique. C'est avec raison qu'un critique a recommandé la prudence relativement aux accusations dirigées par les contemporains contre l'exaltation de Lavater *. D'autre part, son christianisme tout individuel inclinait, comme celui de Jung-Stilling, aux rêves et aux visions, et l'opposition à la sèche morale du protestantisme orthodoxe de ce temps-là conduisit au piétisme et à une interprétation mystique de la religion. Tandis que les cercles romantiques se rapprochaient du catholicisme, on trouve, dans la génération entrée en scène avec le nouveau siècle, ce trait mystique accusé, passagèrement du moins, chez les hommes les plus divers. Varnhagen traduisit les Considérations sur la Révolution, de saint-Martin; François de Baader, le philosophe dont les idées éveillèrent l'attention et gagnèrent'le suffrage de Schelling et de Hegel, qualifia Jacob Bœhme et Saint-Martin d'apparitions providentielles dans le petit groupe des élus par lesquels se transmet la vérité sur la terre. L'historien Niebuhr nommait le Tableau naturel du mystique français « une école d'enseignement pleine de choses puissantes,sublimes et captivantes 2 ». Aux yeux de Schelling,

1 * Max Koch, Lavater. Gazette universelle, supplément, 10 avril 1804. — * F. Munker, Lavater.

2 * Niebuhr, Souvenirs de sa vie, 11,98. — * Varnhagen von Ense, Mémoires, VI, 303-308.

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Jacob Bœhme était « une apparition merveilleuse dans l'histoire de l'humanité et particulièrement dans l'histoire de l'esprit allemand ». Sous l'influence du Philosophus teutonicus et des idées de Baader, Schelling apprit à étudier la nature sous un point de vue religieux et prépara ainsi la dernière phase de sa doctrine philosophique '.

De purement spéculatif qu'il était, le mysticisme revêtit un caractère pratique par l'enseignement et l'apostolat d'Oberlin, entre autres. Nommé en 1767 pasteur de la paroisse de Waldersbach, dans la vallée alsacienne du Rhin, il déploya jusqu'à sa mort, survenue en 1826, dans ce coin de terre inculte et oublié, et pour le bonheur présent et futur de pauvres agriculteurs, toutes les ressources de la prévoyance humaine et de l'amour de Dieu et du prochain, qui subordonne les choses de la terre à celles du ciel 2. Sous l'influence de Lavater et en union étroite avec Jung- Stilling, il chercha comme eux à scruter les secrets de la vie au delà du tombeau. Le patriarcal pasteur, qui transformait les humbles chaumières de sa commune en fermes modèles, réformait ses écoles et enseignait à ses pauvres ouailles à remplir par d'utiles travaux les longues soirées d'hiver passées jusque-là dans l'oisiveté, avait dans sa chambre une carte murale sur laquelle il cherchait à expliquer quel serait l'état qui attendait les hommes dans la vie à venir, tandis que

1 * G. Frantz, Philosophie positive de Schelling, I, 20, 37; III, 181. — J. H. Beckers, Jacob Bœhme, Schelling, Darwin. Gazette universelle, supplément, février 1883.

2 * Louis Spach, Oberlin. Biographie allemande générale.

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