CHAPITRE PREMIER
les nôtres et ses éternels mais. A présent que j'ai fini, je vais faire imprimer la chose et vous la recevrez aussitôt " ».
À quoi Schiller répondait : « J'attends l'écrit de Mme de Staël avec une impatiente ardeur. Je suis également d'avis, si l'espace le permet, de publier le morceau en une seule fois. Mes observations se trouveront dans la livraison suivante ; le lecteur, qui aura déjà fait les siennes, m' écoutera avec plus d'intérêt ». Quelques jours après il ajoutait : « J'ai oublié de vous parler de Mme de Staël. Son travail est fait avec beaucoup d'esprit, et comme il renferme plus de lueurs que de véritable clarté, il se prête très bien à un commentaire. Il serait difficile d'y mettre de l'harmonie proprement dite, et cela n'en vaudrait d'ailleurs pas la peine. Mais on peut tenter de le faire pour les détails et je me suis arrêté sur certains points qui ne seront pas hors de saison » . Cependant on était arrivé à la moitié de décembre et rien encore n'avait paru, de sorte que Gœthe engageait Schiller à ne pas différer au-delà de février l'impression de l'opuscule, des exemplaires français commençant à pénétrer en Allemagne a. La traduction de Gœthe ( Versuch über die Dichtungen) fut insérée dans la seconde livraison des Heures de 1796. Il promettait, dans une note, de commenter
1 * Annales gœthiennes, 1885, 381. Gœthe à Schiller, 13 octobre 1795.
2* Correspondance entre Schiller et Gœthe, I, 81, 84, 97, n°s 109, -114, 128. A Gœthe, Iéna, 16 et 26 octobre 1795 ; à Schiller, Weimar, 15 décembre 1795.
l'essai de Mme de Staël ; mais il ne donna pas suite à sa promesse.
Les plus grands, nous le savons, sont les plus indulgents. Mme de Staël, à son tour, devait en faire l'expérience. Après la publication de l'essai, Schiller écrivait, à propos du journal Y Allemagne, rédigé par J. F. Reichardt, que l'insecte, suivant sa coutume, n'avait pu s'empêcher d'enfoncer l'aiguillon et d'insulter l'œuvre de Mme de Staël *.
Pendant que Gœthe la traduisait et que Schiller promettait de la commenter, elle-même avait achevé le livre Sur l'influence des Passions. Gœthe, à propos de cet ouvrage, disait à son illustre ami : « C'est un livre fort intéressant. Ecrit au contact du grand monde, dans lequel l'auteur a vécu, il est rempli d'observations spirituelles, délicates et hardies ».
Peu de temps après il revient sur ce livre : « Vous recevrez dans quelques jours l'ouvrage de Mme de Staël, dont M. de Humboldt a dû vous parler. Il est tout à fait intéressant d'observer comment une nature aussi ardente passe par le feu de cette terrible Révolution, à laquelle elle a dû prendre une si grande part, et comment ce feu purificateur ne laisse subsister en elle que les sympathies tout humaines et intellectuelles. Peut-être pourrait-on faire un extrait suivi des plus beaux passages de son travail et les publier dans les Heures ; peut-être suffirait-il de prendre un chapitre ; mais il faut se hâter, car à Pâques il en paraîtra une traduction. Je vous fais juge en
1 * Correspondance entre Schiller et Gœthe, I, 183, n° 225. A Gœthe, 16 octobre 1796.