‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 20 sur 341 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sérénité \ Wieland enfin, se surpassèrent en éloges à l'égard de la femme illustre qui les ravissait. « Pourquoi ne venez-vous pas chez nous voir un phénomène dans la personne de Mme de Staël ? », écrivait la duchesse à Knebel, qui ne voulait pas quitter Ilmenau, où il demeurait depuis 1797, époque de son mariage avec une chanteuse. « Elle vous plairait certainement. Elle est pleine d'amabilité, sans égoïsme, sans prétention ; elle sait apprécier en chacun ce qu'il vaut. Il faut la connaître personnellement pour se faire d'elle de tout autres idées ; elle passe chez moi presque toutes ses soirées ». Et dans un post-scriptum l'amie du prince des poètes ajoutait ce qui, à ses yeux, en disait plus que tout le reste : « Mme de Staël a une idée très claire de Goethe* ». Sur le conseil de Wieland, Henriette de Knebel écrivait également à son frère qu'il se repentirait toute sa vie de ne pas venir à Weimar. L'auteur dïObéron ayant entendu Mme de Staël déclamer, se félicita d'avoir vécu assez longtemps pour voir une telle femme 3. Il la priait parfois de penser et de parler moins vite ; elle répondait en badinant qu'elle lui volerait telle ou telle pensée, mais que, s'il était bien aimable, elle consentirait à dire où elle l'avait prise4.

1 * Lettres'de la mère de Cœlhe à la duchesse Anne- Amélie, Weimar, 1885. Lettre 1 et note 4, page 127.

2 * Knebel, Œuvres posthumes, I, 208. La duchesse Amélie à Knebel, 7 janvier 1S04.

3 Henry Crabb Robinson, Diary, réminiscences and correspondent, 1789-1866, I, 117.

4 * H. Diintzer, Correspondance de Knebel avec sa sœur Henriette, 194 et 195, 7 et 19 janvier 1804.

Au milieu de ce monde qui s'était imposé comme loi suprême une sagesse facile et toute esthétique, et qui, dans l'absence de cette loi, suivait l'humeur du moment, il s'agissait de plus de gagner une personne toute différente, qui ne se rendait pas facilement et naïvement comme les autres, qui ne se laissait jamais aller, à plus forte raison séduire, un caractère f^rme et discipliné, d'une dignité un peu sévère : la duchesse Louise de Saxe- Weimar. Parmi les nombreux témoignages que nous possédons sur elle, ii y en a deux qui sont particulièrement propres à nous faire pénétrer dans cette nature noble et difficilement accessible : le premier est celui d'une femme en tout dissemblable de l'épouse de Charles- Autiuste, l'autre lui est décerné par le duc lui-même.

La femme, Charlotte de Kalb, écrit: « La duchesse Louise était une nature plastique. Beaucoup s'approchaient d'elle avec une confiance respectueuse. Elle avait choisi elle-même son attitude, qui ne souffrait ni modification ni émotion, interdisant même à la nature la plainte de la douleur. Un pareil être est juste dans son appréciation de la conduite des autres, car il sait bien : Si je portais atteinte à ma loi, je serais comme eux ! Constamment égale, naturelle, libre comme la chasteté virginale, inaccessible à toute mobile mesquin1 ».

Cette appréciation, sous laquelle semble se dissimuler un sentiment de gratitude personnelle, est complétée par une lettre de Charles -Auguste à Kne-

1 * Emile Palleske, Charlotte, 1879, 173.

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