‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 214 sur 341 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

réunis contre moi. J'ai trouvé dans les pays étrangers, qui sont la postérité contemporaine, une existence fort au-dessus de celle que j'espérais... Il n'y a rien à craindre que la vérité et la persécution matérielle : hors de ces deux choses-là, les ennemis ne peuvent absolument rien1 ».

Après des émotions de tout genre, mais en somme sans désagrément sérieux, Mme de Staël se retrouva, le 6 juin 1812, dans la ville impériale des bords du Danube. Au cadran de l'histoire l'aiguille approchait de l'heure fatidique. Depuis le 14 octobre 1808, où, après le Congrès d'Erfurth, il s'était séparé de l'empereur Alexandre avec les témoignages de l'amitié la plus vive, Napoléon était resté convaincu que la lutte décisive avec la Russie était inévitable. Du moment, en effet, où il avait gagné en apparence l'autocrate russe à sa politique, il reconnut que tôt ou tard leurs routes allaient se séparer. L'échec de son projet de mariage avec une sœur d'Alexandre conduisit, par son union avec une archiduchesse, à l'alliance autrichienne. Dès mars 1809, le nouvel ambassadeur russe à Paris, le prince Kourakin, avait réussi à mettre la main sur différents mémoires dérobés au cabinet de l'Empereur et dans lesquels Duroc énumérait, sur le désir de son maître, tous les motifs qui poussaient la France à la guerre contre la Russie2. A Pétersbourg on était arrivé à une con-

1 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar, 151, 152. Mme de Staël à Mme Récamier, 17 septembre 1808.

2 * Bernhardi, Histoire de Russie, II, livre IV, 590-593,

clusion pareille. Elle se fit jour dans la façon dont on éluda l'engagement pris à Erfurth de marcher avec la France contre l'Autriche. Le désaccord s'accentua par le refus de l'empereur Napoléon d'apposer sa signature au bas d'un traité qui interdisait aux parties contractantes toute tentative de rétablissement de la Pologne comme royaume indépendant. Puis vinrent les mesures violentes de 1810, l'incorporation de la Hollande, du Valais, des trois villes hanséatiques, des sk cents lieues carrées de territoire allemand situées entre la frontière hollandaise et l'Elbe, enfin la prise de possession du duché d'Oldenbourg, qui violait le traité de Tilsitt dans plusieurs de ses articles et atteignait le tzar dans la personne d'un proche parent. A partir de cette époque commencèrent les préparatifs de la Russie, et ce fut alors qu'Alexandre songea à gagner les Polonais pour enlever des mains de son adversaire un des principaux instruments de ses projets. Les rêves de sa jeunesse se réveillèrent, et dans ses lettres à son ami de cœur, le prince Adam-Cieorges Czartoryski, reparaît la pensée de rétablir la Pologne dans certaines limites, et avec une constitution libre, sous l'autorité du tzar proclamé roi à Varsovie. Mais le Posa de ce don Carlos ne sut point lui garder sa foi. La réponse de Czartoryski témoigne clairement que, en dehors de toutes les objections qu'il opposa aux projets trop vagues de son impérial ami, c'est sa confiance en Napoléon et dans la durée de sa puis-

654. — Alfred TUm bau d, L'Allemagne sous Napoléon 1er, 401 et sqq.

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