CHAPITRE CINQUIÈME 4?>J
sance qui motiva son refus1. Quand, un an après ce curieux échange de lettres, la grande armée franchit les frontières russes, Adam-Casimir Gzartoryski, le père, présida la diète de Varsovie, qui déclara le royaume de Pologne rétabli, et les troupes polonaises combattirent du côté des Français.
Le 15 août 1811, dans un entretien d'une violence extrême avec l'ambassadeur Kourakin, Napoléon n'avait pas dissimulé qu'il était instruit des projets de son maître au sujet de la Pologne2. Alexandre, cependant, ne releva pas la provocation. 11 ne voulait pas de guerre offensive et songeait à établir en Lithuanie un système de défense analogue aux lignes de Torres-Vedras. Cette politique échoua par suite des négociations avec la Prusse, qui, cernée de tous côtés par Napoléon, invoqua en vain l'assistance du tzar. Toutes les tentatives, y compris celle qui réclamait l'appui de l'Angleterre, ayant définitivement échoué, Hardenberg conclut un traité d'alliance avec la Prusse, en date du 24 février 1812. Alexandre écrivit à Czartoryski que le roi de Prusse avait, pour Berlin et pour son palais, sacrifié la monarchie3. Napoléon, de son eôté, dit à l'ambassadeur de Prusse, M. de Krusemark, le 17 décembre 1811, que la légèreté de l'empereur Alexandre l'entraînait à sa perte, qu'il était en train de déchaîner une guerre
1 Prince Ladislas Czartoryski, Alexandre Ier et le prince Czartoryski, Paris, 1865, 127-177. Alexandre à Czartoryski, 25 décembre 1810, 31 .janvier 1811.
2* Bernhardi, Histoire de Russie, II, 671-672, 677, 679.
3 Prince Ladislas Czartoryski, 1er avril 1812.
plus épouvantable que toutes celles qu'on avait vues jusque-là1. Au nombre des exigences que Napoléon prétendait imposer à la Russie, il y avait celle de mettre l'embargo sur tous les vaisseaux neutres. Le mot d'ordre de la campagne contre la Russie portait que la France était contrainte à la guerre, parce que la Russie n'observait pas le blocus continental2. L'occupation de la Poméranie suédoise et de Stralsund par les troupes françaises, qui avait pour but de contraindre la Suède à fermer sévèrement ses portes à l'Angleterre, éveilla à Stockholm, au lieu de cela, la résistance du désespoir. Une dernière tentative de conciliation de la part de Bernadotte fut rejetée avec colère par Napoléon, et pour ne pas se séparer du peuple qui l'avait choisi, l'ancien maréchal de France se rangea du côté de la Russie. Napoléon exagérait à peine, quand il disait àMollien, en 1813 : « La France n'a étendu ses conquêtes que pour enlever des tributaires à l'Angleterre3 ».
Le chapitre des Considérations qui traite des moyens employés par Bonaparte pour attaquer l'Angleterre qualifie d' « absurdité tyrannique » le blocus continental. « On ne peut nier», dit à ce propos Mme de Staël, « qu'il ne soit très naturel que la France envie la prospérité de l'Angleterre ; et ce sentiment
1 * W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, I, 1.
2 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètest XIII,
3 Comte Mollien, Mémoires d'un ministre du Trésor public, IV, 61.