‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 231 sur 341 · CHAPITRE SIXIEME 47 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME 47 I

les Considérations sur la paix1. Elle pria Galiffe de lui exprimer son regret de cette attitude et d'utiliser son influence auprès d'Alexandre dans l'intérêt de la question polonaise. « Ne vous inquiétez pas de la mauvaise disposition de M. d'ivernois et ne vous acharnez pas à en dire du mal ; car la meilleure manière de se conduire avec les autres, c'est d'oublier leurs ressentiments contre nous. Plus j'avance dans la vie et plus je crois que l'Evangile est le meilleur code de conduite dans ce monde, sous le rapport même de l'esprit et de la sagesse V Elle ajoutait que la Suède faisait tous les préparatifs pour être prête au printemps. « Dieu protégera ceux qui combattent pour l'honneur de son nom, car la vraie liberté est sacrée » . « Oh ! quel mal nous a fait l'amiral Tchitchagoff ! », s'écria-t-elle quand on apprit à Stockholm qu'il avait laissé échapper Napoléon à la bataille de la Bérésina. La grande armée était détruite et le tzar fit graver une médaille avec cette inscription :

« Non nobis, Domine, non nobis, sed nomine tuo.»

Gomme l'avait prévu l'auteur de Dix années d'exil, les négociations diplomatiques de 1813 entre la Prusse et la Russie insistèrent sur ce fait, que l'esprit national, que l'opinion publique réclamaient une alliance contre Napoléon. La Prusse, dit Hardenberg

1 F. d'ivernois, Réflexions sur la guerre, en réponse aux Réflexions sur la paix de Mmo de Staël.

2 Galitfe, D'un siècle à l'autre, 2e partie, 325, 330. Mme de Staël Galiffe, 20 novembre 1812 et 5, janvier 1813.

à l'envoyé français Saint-Marsan, se transformera en une seconde Espagne, si l'on songe à Paris à faire la paix à ses dépens1. Ainsi fut conclu le traité de Kalisch, l'entente secrète entre Metternich et Hardenberg ; dans le même sens suivirent Fappel du roi de Prusse, en date du 17 mars, pour la formation de corps de volontaires, et celui de Koutousoff aux Allemands pour la délivrance de la patrie. Aux termes de cet appel, tout prince allemand traître à la cause de l'Allemagne tombera « justement frappé par la puissance de l'opinion publique et par la force non moins juste des armes2». Ces paroles étaient datées de Kalisch, 25 mars ; dans le même mois, le prince-royal de Suède adressa à Napoléon sa déclaration de guerre, fondée sur ce que son système détruisait les droits naturels des peuples3. Dès la fin de janvier Mme de Staël écrivait à Saint-Pétersbourg qu'il n'y avait plus moyen de retenir Bernadotte. Elle vivait dans une perpétuelle émotion, le regard fixé sur les plaines de l'Allemagne du Nord où devait s'achever l'œuvre de délivrance, et pourtant toujours douloureusement impressionnée quand elle entendait parler de défaites de la France. Ce sentiment s'exprima dans une lettre adressée à Friderike Brun après que les Français eurent été repoussés de Hambourg, a Les Français », dit-elle, « n'étaient point

1 W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, I, 95, 131, 175, 226, 278.

2 * Id., Ibid., 1,329-330.

* Correspondance de Bernadotte avec Napoléon. Lettre de Bernadotte, 23 mars 18*3.

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