‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 232 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME 4y · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME 4y

faits pour être ainsi détestés, et sans un Corse, ils seraient restés ce qu'ils sont : créés pour être le plaisir du monde. Mais ils ont réduit l'Europe au point de voir dans les Kalmoucks des libérateurs ; quels singuliers professeurs d'idées libérales que les Cosaques ! Mais qu'ils soient les bienvenus, s'ils rendent à chaque nation comme à chaque homme son individualité naturelle1. Au commencement de février, Guillaume Schlegel publia son écrit intitulé : Du système continental, où il parlait de l'Empire français comme de la révolution devenue permanente 2. Cet écrit, réimprimé en Allemagne et en Angleterre sous le nom de l'auteur, fut beaucoup lu, et on l'attribua à Mme de Staël. « Où avez-vous pris que je suis l'auteur du Système continental! », écrivit-elle à ce sujet à Galifle ; « c'est M. Schlegel qui l'a écrit, je ne me mêle point ainsi de politique. Si je publiais jamais rien là-dessus, ce serait du point de vue philosophique3 ». Elle avait commencé à rédiger ses Considérations sur la Révolution française, bien que l'hiver du Nord eût été très préjudiciable à sa santé. « Vos nouvelles relativement à l'état de Mme de Staël m'ont beaucoup affligé », écrivait vers ce temps Schelling à Schlegel ; « elles m'ont été confirmées depuis d'un autre côté. Puisse le printemps, si tardif

1 * Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, II, 48. Mme de Staël à Friderike Brun, Stockholm, 30 mars 4813.

2 A. G. Schlegel, Essais littéraires et historiques (en français), 3-70.

* Galiiïe, D'un siècle à Vautre, 340. Mme de Staël à Galiffe, Stockholm, 7 mai 1813.

qu'il ait été, exercer sa vertu salutaire et rétablir la vigueur et la santé de la femme dont l'existence doit être précieuse à tous les gens de cœur et d'esprit ! l ».

Elle demeura avec Rocca et sa fille à Stockholm, tandis que ses fils et Schlegel se rendaient à Stralsund au quartier-général de l'armée du Nord, commandée depuis le 18 mai par Bernadotte à la tête de son contingent suédois. Les premières opérations de celui-ci ne répondirent pas à la haute idée que Mme de Staël s'était faite du rôle militaire auquel il était appelé. Il sacrifia une fois encore aux Français la ville de Hambourg à.peine délivrée, pour rejeter sur le compte du Danemark la responsabilité de cette perte, bien que ce pays n'eût retiré ses troupes de Hambourg qu'après avoir été informé que la réunion de la Norwège à la Suède était irrévocablement décidée par les alliés 2.

C'est dans l'intérêt suédois que sont écrites aussi les lettres en français que Guillaume Schlegel, devenu secrétaire du prince-royal, adressait à Gentz du quartier-général de celui-ci. Elles peuvent, en tant qu'elles se réfèrent aux affaires de Suède, se résumer dans cette courte conclusion : le prince-royal veut la Norwège, il la veut à tout prix. Quant à l'Allemagne, Schlegel se prononçait en faveur d'une

1 A. G. Schlegel, Correspondance inédite, Bibliothèque de Dresde. Schelling à Schlegel, Maria-Einsiedel "près Zürich, 9 mai 1812

2 * W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, II, 410-413.

Page 1