CHAPITRE SIXIÈME
fédération, sous l'autorité d'un empereur de la maison de Habsbourg. Ce qui est curieux, c'est son jugement sur le baron de Stein.
Celui-ci s'était exprimé en ces termes sur le compte de l'Allemagne, dans une lettre qu'il lui écrivait, en novembre, de Saint-Pétersbourg : « 11 faut de l'unité et de la force à l'Allemagne, et tout cet échafaudage de princes doit être abandonné. Leur conduite abjecte les a rendus odieux et méprisables aux yeux de la nation ' » .
Le 9 avril, à l'occasion du traité de Breslau, on l'envoya à Dresde : cette mission répondait à l'attitude adoptée par Stein à l'égard des petits Etats allemands. De cette ville il devait, à la tête du conseil central d'administration établi par les alliés, réorganiser les pays allemands occupés et confisquer leurs revenus. La conclusion de l'alliance avec l'Autriche et l'apparition des armées françaises sur le sol saxon empêchèrent l'exécution de ces mesures2. C'est contre celles-ci et avant tout contre Stein luimême que sont dirigées les critiques de Guillaume Schlegel dans ses lettres officielles à Gentz. 11 reproduit la missive de Stein, puis il ajoute : « 11 veut conduire l'Allemagne à la liberté par une voie plus despotique que celle de Napoléon. C'est-à-dire qu'il voudrait accabler de coups un cheval qui avait envie de courir. Le but dont M. de Stein depuis longtemps
1 A. G. Schlegel, Correspondance inédite, Bibliothèque de Dresde. Le baron de Stein à Schlegel, 7 novembre 1712.
2 * Pertz, Vie de Stein, III, 314. — * W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, II, 274-275.
ne s'est pas caché, c'est de jeter tous les princes allemands par la fenêtre et de transformer le nord de l'Allemagne en une seule monarchie. Le midi deviendra ensuite ce qu'il pourra ou se transformera de la même manière... M. de Stein connaît mal les Allemands. Leur faible est précisément un trop grand attachement à la famille et à la personne de leurs souverains, j'entends leurs anciens souverains. . . Quel besoin y a-t-il de ce corset de force que M. de Stein veut mettre à toute l'Allemagne. Son projet est impraticable, également contraire à la politique européenne et aux vœux de la nation. Quoi qu'il arrive et quoiqu' éloignées que soient à présent ces espérances, il me semble que l'Allemagne ne peut jamais être rétablie que sous une forme fédérative quelconque ' » . A Vienne, on éprouvait toujours du plaisir à entendre blâmer, comme le faisait Schlegel à ce moment, « le caractère impétueux et les idées absolument incalculables » du baron de Stein. Aux yeux de Metternich, celui-ci restait un Jacobin, et Gentz, tout à fait changé, ne reconnaissait plus, aux jours de son déclin, l'esprit de liberté qu'il avait évoqué dans la jeune ardeur de ses débuts. L'accord de l'Autriche et de la Prusse réalisait, par contre, une partie des vœux du prince-royal de Suède. Pendant l'armistice qui avait suivi les victoires inutiles de Napoléon à Gross-Gœrschen et à Bautzen, Metternich montra tout d'abord les avantages que les alliés
1 A. G. Schlegel, Correspondance inédite, Bibliothèque de Dresde. Schlegel à Fr. Gentz, Stockholm en mai, Stralsund au commencement de juin et 6 juillet 1813.