‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 234 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

étaient en droit d'attendre du concours actif de Bernadotte'.Au mois de juin, ce concours fut assuré aux conférences de Trachenberg.

Depuis le départ du prince-royal, toutes les pensées de Mme de Staël se portaient de Stockholm vers l'Allemagne. Ce pays, écrivait-elle à Schlegel, était devenu pour elle une seconde patrie 2, celle de l'enthousiasme pour la plus noble des causes. Elle éprouvait une sorte de nostalgie à rester éloignée des événements. « Tous ces pays délivrés » , ajoutaitelle, « ne sont pas le mien... L'esprit public d'Allemagne va à merveille... J'aurais quelque idée d'aller à Berlin, mais je crains ma propre peur3 ». Elle écrivait dans le même sens à la princesse Radziwill, née Louise de Prusse : « Le cœur me bat sur la destinée de l'Allemagne, comme si le théâtre de la guerre était en Prusse 4 » .

Elle ne pouvait y aller, mais, après des luttes prolongées, elle aussi se rapprochait enfin du but tant désiré. Au mois de mai, conformément à son désir, son fils aîné revint à Stockholm, afin de s'embarquer pour l'Angleterre avec elle, sa sœur et Rocca. Les dernières nouvelles de France annonçaient l'emprisonnement à Yincennes, sur l'ordre de Savary,

1 * W. Oncken, L'Autriche et la Prusse dans la guerre de délivrance, II, 410.

8 A. G. Schlegel, Correspondance inédite, Bibliothèque de Dresde. Mm<* de Staël à A. G. Schlegel, Stockholm, 14 mai 1813.

3 GalifFe, D'un siècle à l'autre, 2e partie, 339. Mme de Staël à Galiffe, 30 mars, 13 et 24 avril 1813.

4 * Pertz, Vie de Stein, III, 314.

d'Elzéar de Sabran, pour l'unique motif qu'il avait conservé des relations avec Mme de Staël et qu'une lettre à elle adressée était tombée entre les mains de la police impériale. Retenu prisonnier plusieurs mois, il fut ensuite expulsé de Paris1. Mme de Staël informa Schlegel de cette nouvelle persécution, par une lettre datée de Gothenbourg, 5 juin. «Que je voudrais causer avec vous tous les jours, qu'il y a loin de vous à tout le monde ! » , ajoutait-elle. « Je ne puis me passer de votre entretien, il me semble que je n'ai plus d'idées depuis que nous sommes séparés. Mes enfants vous écrivent. N'oubliez pas que nous sommes votre famille. Adieu ». « Que faitesvous sur cette terre, où nous sommes si souffrants et si séparés! », écrivait-elle d'autre part à Villers; « un jour, un jour nous réunira-t-il ? nous dirons alors comme l'abbé Delille au moment de la Résurrection :

Qu'en nous reconnaissant nous serons attendris 1

J'ai failli mourir de douleur dans uhe moitié de l'Europe, dans l'autre on m'a comblé d'hommages. J'attends le reste de ma vie, si elle doit encore longtemps dufer, et je regarde couler ma destinée comme si je n'en étais pas2 ».

Elle adressa aussi à Benjamin Constant, qui depuis deux ans habitait alternativement le château de Har-

1 Bardoux, Madame de Custine. Revue des Deux Mondes, 15 mars 1888.

2 * M. Isler, Lettres posthumes de Charles de Villers, 300. Mme de Staël à Villers, 29 novembre 1812.

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