‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 241 sur 341 · CHAPITRE SIXIEME 49 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME 49 I

l'eflet que lui firent les réceptions des salons viennois, où les mêmes individus se rencontraient toujours pour reparler des mêmes choses. Mmc de Staël, qui avait fait un si long voyage pour s'entretenir avec les Allemands des choses de l'Allemagne, trouva des gens qui en étaient encore aux anecdotes de la cour de Louis XIV ou qui ressassaient, le tout en langue française, de vieilles plaisanteries qui avaient fait leur temps à Paris et qu'on avait exportées à l'étranger. Or, comme elle le dit très justement, « la véritable force d'un pays, c'est son caractère naturel, et l'imitation des étrangers, sous quelque rapport que ce soit, est un défaut de patriotisme ». Cette érudition de boudoir, cet attachement opiniâtre à quelques idées reçues,, ce manque de naturel et de vie, lui faisaient appliquera tous ces esprits, à tous ces ouvrages imités du français, l'éloge que Roland, dans FArioste, fait de sa fument qu'il traîne après lui : Elle réunit, dit-il, toutes les qualités imaginables ; mais elle a pourtant un défaut, c'est qu'elle est morte. Et Mme de Staël, il convient de ne pas l'oublier, était moins sévère pour les défauts du caractère allemand sous ce rapport qu'Aurélie, dans Wilhelm Meister. « Certes, c'est un bien de ne pas toujours connaître ceux pour qui nous travaillons ! », s'écrie la fantasque comédienne. « Moi aussi, je me suis trouvée dans cet heureux état, lorsque j'entrai au théâtre ; j'avais la plus haute idée de moi-même et de mon pays. Que n'étaient pas les Allemands dans mon imagination, que ne pouvaient-ils pas être !... Je les ai tous vus en mouvement, et, par le ciel! il

s'en trouvait peu là- dedans qui fussent en état de m'inspirer même un intérêt vulgaire... J'arrivai à les mépriser de tout mon cœur, et il me sembla que toute la nation se fût entendue pour venir se prostituer auprès de moi par l'entremise de ces représentants. Je la trouvai en tout si gauche, si mal élevée, si peu instruite, si dénuée de charme, si privée de goût ! Souvent je m'écriais : Un Allemand ne peut donc lacer un soulier, sans l'avoir appris d'une nation étrangère !... Il me faut porter la peine d'être une Allemande ; car c'est le caractère des Allemands qu'ils pèsent sur tout et que tout pèse sur eux ». Cette même Aurélie s'exprime ainsi au sujet de la langue française : « Une malheureuse impression, un souvenir odieux de mon infidèle ami m'a fait perdre le goût de cette langue si belle et si parfaite. Comme je la hais maintenant de tout mon cœur! Tant que notre liaison fut sincère, il m'écrivit en allemand, et quel cordial, quel énergique allemand ! Puis, lorsqu'il voulut se détacher de moi, il se mit à m'écrire en français, ce qu'il n'avait fait jusqu'alors qu'en façon de plaisanterie. Je sentis ce que cela signifiait. Ce qu'il rougissait de me dire dans sa langue maternelle, il pouvait alors me l'écrire en toute sécurité. Pour les réserves, les demi-mots, les mensonges, c'est une langue parfaite. C'est une langue perfide; je ne trouve pas, grâce à Dieu, de mot allemand pour rendre perfide dans toute son étendue ; notre pauvre treulos n'est à côté de cela qu'un innocent enfant. Perfide, c'est treulos avec jouissance, avec insolence, avec malice. Elle est enviable, la civilisation d'une

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