‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 248 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME 5o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME 5o

quand il se montre tel qu'il est, et que ses livres semblent plutôt improvisés que composés ! » .

Au sujet de Winckelmann, elle dit cette belle parole : il faut que l'attention qu'excitent les beauxarts vienne de l'amour, et elle ajoute à la fin de son chapitre sur les richesses littéraires de l'Allemagne, qu'on peut comparer la manière d' Auguste-Guillaume Schlegel, parlant de poésie, à celle de Winckelmann décrivant des statues, et que c'est ainsi seulement qu'il est honorable d'être un critique. Tous les hommes du métier suffisent pour enseigner les fautes ou les négligences qu'on doit éviter : mais, après le génie, ce qu'il y a de plus semblable à lui, c'est la puissance de le connaître et de l'admirer 2 .

Dans la troisième partie du livre, consacrée à la philosophie et à la morale, Kant occupe la même place prépondérante que Schiller dans la poésie. Avant de se hasarder sur ce terrain si peu fait pour l'esprit des femmes, Mme de Staël s'est expliquée clairement sur le dessein qu'elle poursuivait : « Il y a », dit-elle, « deux manières d'envisager la métaphysique de l'entendement humain : ou dans sa théorie ou dans ses résultats. L'examen de la théorie exige une capacité qui m'est étrangère ; mais il est facile d'observer l'influence qu'exerce telle ou telle opinion métaphysique sur le développement de l'esprit et de l'âme... Cette vie n'a quelque prix que si elle sert à l'éducation religieuse de notre cœur, que si elle nous prépare à une destinée plus haute par le

1 Mme de Staël, De l'Allemagne, 2e partie, chap. 30.

2 Mme de Staël, De l'Allemagne, 2e partie, chap. 31.

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choix libre de la vertu sur la terre. La métaphysique, les institutions sociales, les arts, les sciences, tout doit être apprécié d'après le perfectionnement moral de l'homme : c'est la pierre de touche qui est donnée à l'ignorant comme au savant... Je demandais un jour à Fichte, l'une des plus fortes têtes pensantes de l'Allemagne, s'il ne pouvait pas me dire sa morale plutôt que sa métaphysique. — L'une dépend de l'autre, me répondit-il. — Et ce mot était plein de profondeur: il renferme tous les motifs de l'intérêt qu'on peut prendre à la philosophie * ». Mme de Staël rappelle à ses compatriotes que le problème de la liberté morale a été infiniment mieux compris par les philosophes français du dix-septième siècle que par ceux du dix-huitième, parce que les derniers, au lieu de continuer l'œuvre de leurs prédécesseurs, subirent complètement l'influence de la philosophie anglaise, qu'ils mirent en action dans le sens des doctrines matérialistes. Le fil qui se rompit alors entre les mains des Français fut repris et renoué par les Allemands. Descartes et Malebranche ont pour successeur Leibnitz, et c'est pour combattre 1' «optimisme» de celui-ci que Voltaire fit Candide, « cet ouvrage d'une gaieté infernale, car il semble écrit par un être d'une autre nature que nous, indifférent à notre sort, content de nos souffrances, et riant comme un démon, ou comme un singe, des misères de cette espèce humaine avec laquelle il n'a rien de commun... Candide met en action cette philosophie moqueuse si indulgente en apparence, si 1 Mme de Staël, De P Allemagne, 3e partie, chap. 1.

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