‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 251 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME 5 I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME 5 I I

siasme des Français dégénère-il facilement en fanatisme. 11 en est autrement en Allemagne, où le besoin d'indépendance intérieure se traduit par ce fait, entre autres, « que la religion catholique ellemême, qui, par sa nature, exerce une discipline uniforme et sévère, est interprétée cependant par chacun à sa manière ». Car les Allemands sont une nation enthousiaste. « Dieu préserve tout ce qui est allemand du découragement et du mépris de soimême », écrivait Villers en 1807. « Un Allemand doit rester fier et inébranlable par la conviction qu'aucune autre culture intellectuelle ne surpasse la sienne, qu'il a pénétré, plus loin que tout autre, clans la voie qui conduit à tout ce qui est grand et éternel ».

Les Allemands, ditMme de Staël, sont pieux comme la race germanique en général, et le dernier motif de leur moralité est leur religion. C'est à tort que, sur ce point, elle se prive du témoignage de Kant, car il est d'accord avec elle sur la nécessité de donner un fondement religieux à la pratique de la morale. Le philosophe de Kœnigsberg dit, lui aussi : « Il faut se demander jusqu'où les motifs moraux intérieurs peuvent amener un homme. Ils l'amèneront peutêtre à rester bon sans trop de tentations dans l'état de liberté. Mais si l'injustice d'autrui ou le pouvoir de l'illusion lui font violence, alors cette moralité intérieure n'a pas assez de force. Il lui faut la religion et l'espoir d'une récompense dans la vie à venir ; la nature humaine n'est pas capable d'une pureté morale immédiate. Mais si d'une façon surnaturelle on

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exerce une action sur sa pureté, les récompenses futures n'ont plus le caractère de mobiles * ».

La tolérance des Allemands en matière religieuse n'est point attribuée par Mme de Staël à l'indifférence ; elle la ramène à une notion plus profonde de l'essence et des exigences du besoin religieux. La recherche de la vérité, dit- elle, est à leurs yeux la plus noble des occupations, et sa publication un devoir. Tandis qu'en France l'esprit philosophique plaisantait sur le christianisme, on en faisait en Allemagne un objet d'érudition. On gagna plus qu'on n'avait perdu. Si le Nord de l'Allemagne est le pays où les questions théologiques ont été le plus agitées, c'est en même temps celui où les sentiments religieux sont le plus universels ; le caractère national en est empreint, le génie des arts et de la littérature y puise toute son inspiration. Enfin, parmi les gens du peuple, la religion a dans le Nord de l'Allemagne un caractère idéal et doux, qui surprend singulièrement dans un pays dont on est accoutumé à croire les mœurs très rudes 2. C'est précisément en Allemagne que le mysticisme, qui n'est qu'une manière plus intime de sentir et de concevoir le christianisme, a trouvé le plus de disciples, parce que chez les mystiques règne avant tout la conviction que la religion n'est rien si elle n'est pas tout, si l'existence n'en est pas remplie, si l'on n'entretient pas sans cesse \ dans l'âme cette foi à l'invisible, ce dévouement,

1 * F. W. Schubert, Emmanuel Kant. Lettres et fragments posthumes, Leipzig, 1842, 231-232.

2 Mm« de Staël, De L'Allemagne, 4e partie, chap. 2.

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