‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 254 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

et donnait en 1833 son Histoire de la littérature moderne en Allemagne, comme continuation du livre de Mme de Staël. Ce qui n'est pas moins curieux, c'est que la critique de Sainte-Beuve, qui n'avait pas coutume d'éviter les obstacles, recula devant celuici, et s'acquitta envers le livre De l'Allemagne au moyen de quelques phrases insignifiantes, dont une seule est à relever : les dernières pages de cet ouvrage lui semblaient de nature à réveiller l'écho de l'étonnante conversation de son auteur.

Tandis que, en France, il fallait s'orienter d'abord dans le monde que révélait le livre, les Allemands jouissaient du plaisir plus subtil de suivre les phases de son progrès depuis le moment où l'œuvre de Villers sur Kant avait donné l'impulsion première.

L'auteur a expliqué elle-même à plusieurs reprises qu'elle avait lu Lessing, Winckelmann et Herder non moins attentivement qu'elle avait fait les philosophes et les moralistes et les productions du romantisme. Parmi les écrits qui exercèrent la plus vive impres-' sion sur elle, elle cite le traité de Schiller Sur la poésie naive et la poésie sentimentale, et les essais esthétiques de Guillaume de Humboldt, que celui-ci publia en langue française, en 1802, dans le Magasin encyclopédique, et qu'elle connut sans doute sous cette forme, plus favorable à la clarté de l'expression. Parmi les historiens allemands on lisait à Coppet

cite sont Cousin, Ecrits philosophiques ; Barchou de Penhoën, Philosophie allemande; Saint-Marc Girardin, Notices littéraires et politiques sur l'Allemagne ; Lerminier, Au-delà du Rhin; Edgar Quinet, Allemagne et Italie.

surtout Jean de Muller,le livre de Heeren ayant pour titre : Idées sur la politique et le commerce de V antiquité, et X Histoire d Allemagne de Mascow, que Frédéric II a nommée « la moins défectueuse de toutes » . Mme de Staël n'a pas tenu compte, et avec raison, de certains traités contemporains sur la littérature allemande, tels, par exemple, que les Lectures faites par Adam Müller en 1807 ; ils lui auraient fourni peu de choses utiles. Certains traits de son livre sont des réminiscences de conversations avec des amis. C'est ainsi que la phrase suivante, appliquée surtout à La Fille naturelle : « Ses ouvrages (à Goethe) ont les belles formes, la splendeur et l'éclat du marbre, mais ils en ont aussi la froide impassibilité » , a été prononcée devant elle par Huber, le mari de Thérèse Heyne. Dans le chapitre sur le style elle dit, en parlant de la langue allemande, que, « à la liberté de former une seule épithète de deux ou trois, se joint celle d'animer le langage en faisant des noms avec les verbes : le vivre, le vouloir, le sentir, sont des expressions moins abstraites que la vie, la volonté, le sentiment, et tout ce qui tend à changer la pensée en action donne toujours plus de mouvement au style» . Or, nous savons par Bœttiger que c'est Schiller qui avait arrêté son attention sur ce point. Quand Mrae de Staël remarque que la littérature allemande n'a jamais trouvé un centre ou l'appui de l'Etat, et que c'est peut-être à cet isolement comme à cette indépendance qu'elle a dû plus d'originalité et d'énergie, elle se trouve d'accord sur ce point avec Frédéric II. Mirabeau ayant demandé

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