‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 255 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME 5l

au roi pourquoi, César de l'Allemagne, il n'avait pas voulu en devenir aussi l'Auguste, en tant que protecteur de la littérature, le roi lui avait répondu : « Vous ne savez pas ce que vous dites. En laissant les Allemands suivre leur propre voie intellectuelle, j'ai fait plus pour eux que si je leur avais imposé une littérature ' » .

Une chose tout indiquée, c'était d'imputer la part du lion, dans la naissance du livre De l'Allemagne, aux frères Schlegel, et tout spécialement au commensal de Coppet, Auguste-Guillaume. Même sans recourir au témoignage des contemporains, la composition entière de l'ouvrage indique que ses problèmes esthétiques et philosophiques, comme d'ailleurs tous les écrits de Mme de Staël en général, ont été agités et discutés de vive voix avant qu'elle les confiât au papier. De là le fréquent décousu de la trame, les remarques incidentes en faveur de personnes amies, les transitions non motivées et les épisodes parfois étrangers. Un connaisseur comme Schlegel rendait inutiles les lourds résumés des Kiittner et des Koch, destinés à remplacer les histoires de la littérature 2, et dans lesquels Mme de Staël ne se serait jamais retrouvée. Les leçons faites en 1802 par Guillaume Schlegel, et reproduites dans YEnrope, ont souvent servi à Mme de Staël pour ses cha-

1 * L. Hœusser, Histoire delà Révolution française, publiée par W. Oncken, Berlin, 1865, 104-105.

2 * K. A. Kiittner, Caractère des poètes et prosateurs allemands. — * Koch, Résumé de l'histoire de la littérature allemande, 1798.

pitres sur Fart et la science. Le cours de Schlegel sur la littérature dramatique exerça sur elle une action qui la surprit elle-même, car elle ne l'avait jusque-là jamais entendu parler en public, et elle fut captivée par son talent oratoire. Elle ne fut pas moins séduite par l'originalité et la richesse de pensées de Frédéric Schlegel, dont elle loue chaleureuse aient Y Histoire de la poésie des Grecs et des Romains1. Quant aux choses littéraires, elle les jugeait d'une façon personnelle. Les excellentes études de Frédéric Schlegel sur le Woldemar de Jacobi et le Wilhelm Meister de Gœthe, celles de Guillaume Schlegel sur Bürger et Hermann et Dorothée, ont été connues d'elle, et elle n'est pas parvenue à atteindre à la profondeur de cette critique. Mais ce n'est pas toujours au détriment de l'ensemble que son jugement est resté indépendant. Elle n'a suivi que sous réserves ses amis dans le pays romantique et n'a pas partagé leurs antipathies individuelles. C'est ainsi que la préférence marquée qu'elle accorde à Novalis et l'éloge qu'elle fait du « grand caractère de simplicité » de ses poésies ne portent aucune atteinte à son admiration pour Schiller. Le mot inoubliable du premier : « 11 faut être si l'on veut devenir », s'applique de la façon la plus juste à la nature de ses relations avec Guillaume Schlegel*.

C'est aussi dans ce sens d'action réciproque, dont

1 Mme de Staël, De V Allemagne, 3e partie, chap. 31.

2 * J. Minor, Ecrüs en prose de la jeunesse de Frédéric Schlegel, II, 72, 165. — * A. G. Schlegel, Ecrits critiques, I, 34, II, 1.

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