‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 260 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Mmo de Staël est pour ce dernier pays une nouvelle incitation à étudier mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici le monde intellectuel allemand *. Ce conseil venait trop tard pour la jeune école poétique anglaise, déjà familiarisée avec les modèles allemands. Tandis que Walter Scott traduisait les ballades de Bürger et Gœlz de Berlichingen, et édifiait sur cette base le romantisme écossais, Wordsworth et Coleridge, liés d'amitié depuis 1797, accomplissaient un pèlerinage poétique en Allemagne, où ils visitèrent Klopstock ; Coleridge, de plus, apprit l'ancien et le moyen haut allemand, lut Hans Sachs etlesMeisterssenger, étudia Kant, et donna de Wallenstein une traduction magistrale. A leur retour, les deux amis fondèrent avec Southey Fécole lakiste, qui imprima au romantisme anglais l'empreinte de la contemplation poétique de la nature et d'un culte épuré de la liberté, auquel les théories du livre De l'Allemagne se montraient sympathiques.

Sous l'impression d'une première lecture, lord Byron, alors âgé de vingt-cinq ans, écrivit ce qui suit : « 11 y a de beaux endroits, et qu'est ce qu'un livre, ou plutôt chaque livre, sinon un désert avec des fontaines, des bosquets et quelques charmilles pour se reposer après les fatigues du voyage ? Sans doute, ce qui, chez Mmo de Staël, nous attire irrésistiblement et nous déçoit, c'est le courant rafraîchissant qui, examiné de près, se trouve n'être qu'un mirage (e' està-dire du verbiage). Mais à la fin nous arrivons pour-

1 Edinburgh Review, octobre 1813 : De V Allemagne, par Mmede Staël.

tant à quelque chose qui ressemble au temple de Jupiter A.mmon, et nous ne nous rappûlons la solitude qui y conduit que pour nous réjouir du contraste *» . Dès le lendemain de son arrivée à Londres, le 22 juin, Mme de Staël avait, à une soirée chez lady Jersey, rencontré le poète, avec lequel elle dîna le jour suivant, en compagnie de Sheridan, Whitbread, Grattan et le marquis de Lansdowne, chez sir ïlumphrey ûavy et sa femme, qui s'étaient liés avec elle pendant un séjour à Genève. Byron, tout en avouant que la société était des plus choisies, se trouvait dans un jour de mauvaise humeur. « Elle est très changée », écrivait-il à Thomas Moore au sujet de Mme de Staël ; « elle est à la fois pour le lord d'Israël et pour le lord de Liverpool, un indigne mélange de méthodiste et de tory, ne parle que de piété et du ministère, et compte, il me semble, que Dieu et le gouvernement l'aideront à attrapper une pension... Elle a écrit contre le suicide un essai tout-à-fait de nature à vous y pousser » « On me demande de faire soixante milles pour voir Mme de Staël » , écrivait-il quelque temps après, « moi qui en ai fait une fois trois mille pour rencontrer des gens qui se taisent, tandis que cette dame écrit des in-octavos et parle des in-folios 2 ».

Plus tard, à Rayenne, en 1821, Byron revint, dans une disposition d'esprit bien différente, sur ce jugement excessif et bizarre, et il écrivit, songeant à

1 Thomas Moore, Lord Byron, Letters, etc., 202, novembre

2 Thomas Moore, Lord Byron, Letters, etc , 187, 188, 200.

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