‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 265 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Prussien ou Hollandais, il n'hésiterait pas un instant à préférer les Français1 ». Plus tard lord Byron ne fut pas seul à regarder l'issue de la bataille de Waterloo comme un véritable désastre.

En 1813 ils étaient passés, les jours au sujet desquels Sheridan avait coutume de dire : « Que pensera la postérité , lorsqu'elle lira les discours de Burke et qu'on lui dira qu'il n'a été regardé ni comme le premier ni comme le second orateur de son temps?2 » Mme de Staël ne se fit aucune illusion sur la médiocrité de lord Liverpool et de son ministre des affaires étrangères, lord Castlereagh. « Les grands hommes dans la carrière civile, Pitt et Fox, n'existaient plus » , dit-elle dans les Considérations, « et personne encore n'avait succédé à leur réputation ; l'on ne pouvait citer aucun nom historique à la tête des affaires, et le seul Wellington attirait l'attention de l'Europe3 ».Mais la meilleure preuve à ses yeux de la vitalité d'un Etat, consistait à pouvoir se passer de grands hommes. La pureté des caractères, la chaleur du patriotisme, l'énergie des individualités suffisent aux besoins de la totalité ; il est salutaire à tous de rendre difficile au génie de dépasser la somme de ces qualités. Eile s'intéressait tout particulièrement aux efforts humanitaires venus de l'Angleterre ; grâce à l'intermédiaire d'un prince royal, le duc de Glocester, elle renoua une

1 Lord Acton, English Historical Review, juillet 1887, 594. * Samuel Rogers, Hecollections, 89.

3 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIV,

relation qui remontait jusqu'au second ministère de Necker et fit la connaissance personnelle de William Wilberforce. Vingt-quatre années s'étaient écoulées depuis qu'il avait essayé de s'assurer l'appui du gouvernement français pour la suppression de la traite des nègres, et en 1807 seulement il avait obtenu gain de cause au Parlement. Mais il s'agissait maintenant d'arriver partout à un semblable résultat, et Wilberforce consacra toute son énergie à la cause de cet affranchissement de la race humaine. 11 le fit si complètement, qu'on ne le rencontrait presque pas dans le monde, car il considérait comme une perte de temps tout ce qui n'était pas utile à la grande tâche de sa vie. Mme de Staël le vit pour la première fois à un meeting en faveur d'Allemands tombés dans la misère ; elle le nomme « l'homme le plus aimé et le plus considéré de l'Angleterre1 ». Après le dîner chez le duc de Glocester, Wilberforce promit à Mme de Staël d'être aussi son hôte : il s'amusa si bien avec elle, qu'il s'en fit des reproches : « The whole scène was intoxicating, even to me. The fever arising from it is not yet gone ». Dans sa conversation avec lui elle avait assigné comme fin à l'art non l'utilité, mais la beauté, et s'était prononcée contre le livre alors si répandu de Paley 2. Elle était depuis longtemps acquise aux idées de Wilberforce, mais à partir de ce moment elle s'entremit activement en leur faveur, comme le prouvent la préface

1 Mme de Staël, Considérations. OEuvres complètes, XIV,203.

2 S. Wilberforce, Life of William Wilberforce, IV, 157-

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