CHAPITRE PREMIER
Esprit français, froid comme un philosophe et léger comme un poète... Incrédule au fond, mais désirerait croire, parce que cela conviendrait à son imagination qu'il voudrait rendre poétique et parce qu'il est vieux... Wieland est très aimable, mais très incrédule ».
Il parle en détail du grand événement du jour à Weimar, l'achèvement du Guillaume Tell de Schiller, « véritable lanterne magique mal arrangée, mais avec beaucoup plus de beautés scéniques qu'il n'y en a dans les autres pièces (du poète)... Il y a une foule d'incidents ridicules ; par exemple, la destruction d'une bastille, exécutée par un seul homme avec le calme allemand et un petit marteau ! Le caractère de Teilest le seul bien tracé ». « J'ai la visite de Schiller », dit-il ailleurs. « C'est un homme de beaucoup d'esprit sur son art, mais presque uniquement poète. Il est vrai que les poésies fugitives des Allemands sont d'un tout autre genre et d'une toute autre profondeur que les nôtres ».
Il apprécie ainsi la Louise de Voss : « Ii y a là une simplicité admirable et une imitation littérale d'Homère... Ce genre simple a d'autant plus de charme qu'on a le cœur plus usé ; l'exactitude des descriptions matérielles de la vie a de l'attrait pour celui à qui tout est devenu indifférent ». Il traite />s Humtes de Kotzebue de pièce détestable. « Soixante enfants à la fois sur le théâtre, point de plan, point de caractère, point de tableaux de mœurs, point de fidélité historique. C'est misérable. Les mœurs des Hussites, leur fanatisme, leur cruauté et leurs con-
vidions, tout cela aurait pu être du plus grand intérêt. Tout est manqué. Il n'a su nous montrer que quelques soldats ivres, préparant leurs armes pour embrocher des enfants ». 11 lut chez Gœthe, dans la Phèdre de Racine, le rôle d'Hippolyte, tandis que Mme de Staël représentait l'héroïne. Mais ce qui l'intéressait le plus à ce moment, c'était la continuation de son livre sur les Religions, dont il refit le plan de la première partie. 11 lisait à ce sujet les écrits de Herder et d'un écrivain beaucoup moins connu, Meiners. « Herder est comme un lit bien chaud et bien doux où l'on rêve agréablement ; Meiners est utile, mais ennuyeux ». « Système doux et enthousiaste », dit-il encore à propos de Herder, « mais rien d'assez positif ». « Je trouve toujours un plaisir infini à la lecture de Herder », dit-il encore un peu plus loin ; « son septième livre sur l'origine et les progrès du christianisme est d'une philosophie étonnante. C'est tout à fait la contre-partie de l'absurde ouvrage de Chateaubriand ». « Herder fait l'observation ingénieuse qu'aucune religion prise à la lettre ne serait praticable : transaction de l'idéal des religions avec les possibilités pratiques. Une autre observation importante, c'est que tout est bon ou mauvais suivant les temps et les livres. Je ferai une grande application de cette vérité dans mon ouvrage et je n'oublierai pas que j'y traite simplement des rapports de la religion avec la morale, toute la partie scientifique devant être écartée ; sans cela je ferais un ouvrage comme Dupuis » . Il commence à recopier son Introduction d'après ce nouvel ordre