‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 275 sur 341 · CHAPITRE SIXIÈME . SbC · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME . SbC

trois années plus tard l'aspect des choses était transformé et la foi robuste dans les destinées futures de la forme gouvernementale anglaise récompensée audelà de toute attente. Non seulement, en effet, l'issue de la longue lutte contre Napoléon ne pouvait plus être douteuse, mais, au lieu de la ruine, la guerre avait amené la domination incontestée sur les mers et le bien-être de la nation. 11 n'y avait donc guère lieu de s'étonner si ceux pour lesquels le résultat final n'était pas seulement la continuation de toutes les espérances, mais aussi la justification longuement attendue, furent aveuglés par son éclat.

Sans doute, il manque des ombres au tableau tracé par Mme de Staël, bien qu'il soit loin d'être aussi incomplet que ses adversaires politiques l'ont prétendu. C'est ainsi, entre autres} qu'elle avait vanté comme un modèle la législation criminelle anglaise 1 , tandis que deux de ses amis, Samuel Roinilly et James Mackintosh, travaillaient à obtenir la réforme du système considéré par des Anglais eux-mêmes comme « formulated on no principle and regulated by no justice 2 ». Elle ne s'est pas livrée à de moindres illusions en dépeignant, dans la vie publique des Anglais, le désintéressement des partis, l'absence de motifs personnels et de mobiles intéressés, et en écartant l'imputation de corruption par cette raison que les ministres ne disposent pas de sommes d'ar-

1 M,ue de Staël, Considérations. OEuvres complètes, XIV, 209 et sqq.

2 Aliscm, llistortj of Europe, VIII, G3.

gent pour acheter leurs adversaires !. En revanche, elle ne s'est pas dissimulé les défectuosités de la loi civile anglaise et l'ignorance qui régnait dans le pays relativement aux affaires du continent.

Toutefois, ce qui constitue le centre de gravité des Considérations, c'est bien moins la louange ou le blâme qui s'attache à l'examen des institutions politiques de l'Angleterre prises une à une, que la faculté qui lui est reconnue de « se perfectionner sans secousse • » . Cette impossibilité de se réformer avait été Fécueil de l'ancienne France. Pendant son séjour à Londres, à une époque où chaque jour rendait sensible le contraste entre l'expérience réussie de 1688 et les espérances déeues de 1789, Mme de Staël écrivit dans la première partie des Considérations l'histoire de l'immense naufrage qui avait abouti au despotisme. La raison du succès de l'entreprise dans un pays, de son échec dans l'autre, elle la trouva avant tout dans ceci, que la France avait été traitée u comme une colonie sans passé », tandis qu'en Angleterre, s'il reste des formes anciennes, remontant au droit féodal, qui surchargent les lois civiles d'une foule de longueurs inutiles, « la constitution s'est établie en greffant le nouveau sur l'ancien, et s'il en est résulté le maintien de quelques abus, on peut dire aussi que l'on a donné, de cette manière, à la liberté l'avantage de tenir à une ancienne origine3» .

1 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIV,

2 'id., Ityd., XIV, 219.

3 Id., Ibid., XII, 367, XIV, 218.

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