‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 278 sur 341 · CHAPITRE SEPTIEME DbD · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME DbD

peuple ou empereur. « Le plus grand grief de l'empereur Napoléon contre moi », a pu dire avec raison Mme de Staël, « c'est le respect dont j'ai toujours été pénétrée pour la véritable liberté. Ces sentiments m'ont été transmis comme un héritage ; et je les ai adoptés dès que j'ai pu réfléchir sur les hautes pensées dont ils dérivent, et sur les belles actions qu'ils inspirent 1 ».

La valeur de son témoignage sur Napoléon est amoindrie par cette circonstance, que Pantagonisme d'opinion entre eux s'accrut jusqu'aux proportions «l'une hostilité ouverte : de là à soupçonner que, dans l'Empereur, elle condamnait le persécuteur politique, il nry avait qu'un pas. En réalité, cependant, le souvenir de tant d'autres choses qu'elle ne pouvait lui pardonner se dressait entre eux, qu'il n'était pas besoin d'un motif personnel pour que son antipathie allât jusqu'à l'exagération. Ceci avant tout, qu'elle avait cru autrefois à la modéiation de Bonaparte, à la sincérité de ses idées républicaines, et qu'il l'avait trompée, que la transformation qui, du sauveur de la société en avait fait le tyran, fut pour elle une surprise 2.

Depuis le coup d'Etat de Brumaire, Mme de Staël était inquiète ; mais c'est seulement le Consulat à vie qui lui parut inaugurer l'œuvre du despotisme. A partir de ce moment, les raisons s'entassèrent dans son esprit pour condamner au point de vue moral le nouveau maître de la France. M,ne de Staël

1 Mwe de Staël, Dix années d'exil, livre 1er, chap. 1. 1 Voir notre deuxième volume, p. 450-458.

n'en a laissé échapper aucune, mais il est certain que la notion de la grandeur de Napoléon s'est dérobée à elle. Le portrait de celui-ci a tenté un grand nombre de maîtres. Les uns n'ont pas reculé devant une apothéose, les autres ont signé une condamnation. L'histoire psychologique construit le barbare de génie, qui vint châtier une race corrompue ; la légende historique couronne le buste de l'empereur-soldat, que ceux de la vieille garde, en mourant, saluaient encore comme le dieu de la victoire ; les biographes pathologiques scrutent les mystères de l'atavisme et expliquent Leipzig et Waterloo par le procès -verbal d'autopsie de Sainte-Hélène. Mme de Staël, elle non plus, n'a pas toujours été heureuse en parlant de Napoléon. Dans Dix années dexil et dans les Considérations, il revêt parfois une physionomie presque bourgeoise et mesquine. Quant à la façon dont il parvint à soulever un inonde, elle n'en dit rien, et Tonne soupçonnerait pas, à lire des passages comme ceux que nous allons citer, que, de retour du champ de bataille, il confondait, dans les délibérations de ses conseils, la sagesse éprouvée des hommes chargés de jours et d'expérience. « Quelques personnes », dit-elle, « ont cru que Bonaparte avait une grande instruction sur tous les sujets, parce qu'il a fait à cet égard, comme à tant d'autres, usage de son charlatanisme. Mais, comme il a peu lu dans sa vie, il ne sait que ce qu'il a recueilli par la conversation... Sans doute il faut avoir beaucoup d'esprit d'un certain genre, de l'esprit d'adresse, pour déguiser ainsi son ignorance ; toutefois, il n'y a que les personnes

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