CHAPITRE SEPTIÈME
C'est ainsi que, le 1er mars, fut conclue la quadruple alliance entre l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse et la Russie, pour la continuation en commun de la guerre pendant une durée de vingt ans, et que le 24 fut donné l'ordre de marcher sur Paris. Le 30, la capitale de la France capitula. Cet événement terminait la campagne militaire, mais non point la campagne diplomatique qui marchait de pair avec elle.
A Châtillon, dans la conférence du 13 février, Metternich avait posé aux cabinets alliés, parmi d'autres possibilités, la question desavoir« si les puissances devaient se déclarer pour Louis XVIII ou laisser cette initiative aux Français » ; ensuite avaient été discutées les éventualités relatives à la façon dont on devrait se conformer dans l'un ou l'autre cas. Hardenberg répondit alors, au nom de la Prusse, que pour le moment rien n'indiquait chez la nation française l'intention de se dérober à la domination de Napoleon. Cela étant, une restauration des Bourbons pouvait bien faire l'objet des désirs du gouvernement prussien, mais il ne fallait pas sacrifier à des aspirations aussi incertaines l'avantage certain d'une prompte conclusion de la paix ni imposer aux Français la nécessité de trancher la question dynastique : à quoi l'Autriche répondit qu'elle était tout à fait d'accord avec ce point de vue de la Prusse. Alexandre 1er avait déjà songé à Langres, le 29 janvier, à soumettre à une assemblée d'électeurs primaires la question de la forme du futur gouvernement français. Ce projet de plébiscite, qui n'effrayait pas son m 37
libéralisme, avait échoué contre les résistances des autres puissances. Sous l'influence de son ancien précepteur La Harpe, qui était à son quartier-général, il proposa alors d'abandonner les soins de la réorganisation de la France aux corps constitutionnels, ce qui transportait le centre de gravité à Paris et entre les mains des fonctionnaires nommés par Napoléon. A ce projet se rattachait cet autre, également rejeté par les alliés, de confier la capitale, une fois qu'on s'en serait emparé, à un gouverneur russe. Le tzar croyait ne pouvoir mieux affirmer sa résolution sincère de se soumettre à la volonté nationale, qu'en assurant qu'il ne s'opposerait pas même à une consolidation de la puissance napoléonienne, si les Français la demandaient. A Troyes, causant avec lord Gastlereagh, il indiquait le duc d'Orléans comme candidat au trône de France ; un mois plus tard, le 17 mars, dans un entretien avec le baron de Vitrolles, il en faisait autant pour le vice-roi Eugène deBeauharnais. 11 avoua dansla même occasion qu'il avait songé lui-même à Bernadotte, à cause de son influence sur l'armée et de ses relations avec les amis de la Révolution, mais que, pour différentes raisons, il l'avait écarté à son tour l.
Ces raisons ont été connues depuis et reposaient en partie sur le peu de confiance qu'on pouvait avoir en Bernadotte, que dévorait l'envie de devenir roi de France, et qui, cependant, ne comptait pas pour
1 * W. Oncken, La crise des dernières négociations de paix avec Napoléon. Portefeuille historique, 1886, 16-31. — Baron de Vitrolies, Mémoires, 1, 119.