‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 284 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

cela renoncer au trône de Suède '. De plus il avait renseigné faussement les alliés sur les dispositions qui régnaient en France à son égard. Le tzar, il est vrai, a encore une fois prononcé le nom du princeroyal de Suède, et cela le jour même de l'entrée des troupes alliées à Paris, mais uniquement pour s'acquitter d'une promesse faite en d'autres circonstances s. Il convient cependant de rappeler que, au mois de mars, Bernadotte lui-même n'était pas encore complètement convaincu de l'inanité de ses projets ; à partir de cette époque seulement, il les rattachait à l'éventualité d'une régence pour le fils de Napoléon. 11 avait réussi à éveiller quelque chose de sa propre confiance chez Benjamin Constant ; celui-ci le suivit en Belgique, obtint de lui l'ordre de l'Etoile du Nord, et crut un temps à la possibilité de fonder en France grâce au « Béarnais », comme le Journal intime nomme Bernadotte, originaire de Pau, une monarchie libérale et modérée 3.

La Fayette re<;ut quelques lignes du prince-royal de Suède, avec prière de juger favorablement sa conduite jusqu'au moment où il lui serait possible de donner des témoignages de son dévouement à la France et à la liberté 4. Par l'intermédiaire de Benja-

1 Loève-Veimars, Benjamin Constant. Revue des Deux Mondes, 1833, 240-241.

2 Viel-Caslel, Histoire de la Restauration, I, 203. — La Fayette, Mémoires, V, 304, note.

3 Benjamin Constant, Journal intime. Revue internationale, 10 mars 1887, 7Ö8-769. — Loève-Veimars, Benjamin Constant. Revue des Deux Mondes, 1833, 240-241.

'4 La Fayette, Mémoires, V, 537, appendice.

men Constant, l'influence de Mme de Staël auprès d'Alexandre Ier devait ('gaiement s'exercer en sa faveur *.

Benjamin Constant avait envoyé à Mme de Staël en janvier le manuscrit de sa brochure contre l'Empire. Il y parlait sur un ton irrité de la nation française, au sujet de laquelle il disait à Villers qu'elle rejetait sans cesse le bien loin d'elle et qu'il n'y avait plus rien à attendre d'un peuple resté prosterné quatorze ans dans la poussière aux pieds du « Corse». « La Chine européenne ». ainsi lui échappe-t il une fois d'appeler la France. Il avait prié Mme de Staël de faire publier sans nom d'auteur sa brochure en Angleterre. Elle lui répond à ce sujet et continue : « Enfin une dernière question, et la plus importante de toutes : votre humeur est-elle encore la même qu'il y a trois mois? Ne voyez-vous pas le danger de la France? Ne sentez-vous pas le vent de la contre révolution, qui souffle en Hollande, en Suisse, et qui bientôt détruira tout en France? Je suis comme Gustave Wasa, j'ai attaqué Christiern, mais on a placé ma mère sur le rempart. Est-ce le moment de mal parler des Français, quand les flammes de Moscou menacent Paris? Songez à tout cela et décidez,

mais, sans flatterie ! Dites- vous que votre talent est

incomparable ; fixez-lui sa voie, mais ne soyez pas dans l'incertitude sur sa force!

« Le duc de Berry est venu me voir, et je ne suis pas mal avec les Bourbons. S'ils reviennent, il faut

1 La Fayette, Mémoires, V, 537, appendice. — * Bernhardi, Souvenirs de la vie du comte de Toll, III, 97.

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