CHAPITRE SEPTIÈME
comme existant de droit, ainsi qu'il en avait été avant la Révolution, et put être remis à chaque moment en application, suivant son bon plaisir. Cette idée venait de Vitrolies, qui était secrétaire d'Etat. « J'attachais plus d'importance à ce qui ne devait pas être mis dans la Charte qu'à ce qu'on pouvait y inscrire i », dit-il en termes très nets et très significatifs. C'est ainsi que ni la situation ni les droits de la monarchie ne furent mentionnés dans la Charte, et furent considérés comme indépendants d'elle* A ce prix Louis XVIII accepta patiemment une égalité à peu près complète des cultes et une composition de la Chambre des pairs qui inspirèrent autant de sérieuses préoccupations aux torys anglais que de satisfaction illimitée au tzar.
Talleyrand s'était montré favorable jusqu'à un certain point à l'idée de la puissance royale telle que la concevait Louis XV11I. Lui aussi, même avant le départ pour le Congrès de Vienne, faisait de la légitimité, c'est-à-dire de la reconnaissance des droits de l'ancienne monarchie, la base du nouvel ordre politique, dans la prévision sans doute que la liberté de la presse, la publicité de la discussion et la liberté électorale suffiraient à la longue, fût-ce après beaucoup de difficultés, pour retenir, en dépit de toute pression contraire, la couronne dans les bornes constitutionnelles. Cette attente ne fut pas trompée. Dans sa seconde phase tout au moins, la Restauration a été plus favorable que tout autre gouvernement en
1 Baron de Vitrolies, Mémoires, II, 238-240, 248, 249. — Yiel-Castel, Histoire de la Restauration, I, 410-416.
France au développement de la liberté constitutionnelle et de la prospérité nationale sous le rapport à la fois intellectuel et matériel.
En 1814 cependant, on était dominé par le souci légitime que les menées passionnées de la réaction, qui s'étendait jusqu'au trône, réussiraient à tout remettre en question. Le tzar Alexandre, à qui Louis XVIU, dans des occasions solennelles, indiqua du doigt une simple chaise à côté de son fauteuil, ne cachait pas qu'il ne quitterait Paris qu'après la promulgation de la Charte. « Quel homme que cet empereur de Russie », écrivait Mme de Staël en Angleterre ; « sans lui nous n'aurions rien qui ressemblât à une Constitution.. . il veut la voir proclamée 1 » . Le 4 juin, après que les souverains alliés se furent rendus de Paris à Londres, le roi fit connaître en séance solennelle le contenu du traité de paix de Paris. Par rapport à la situation, ce traité pouvait être regardé comme relativement favorable ; après cette communication, la proclamation de la Charte par le ministre d'Etat Ferrand ouvrit l'ère constitutionnelle.
Le parti libéral n'y trouva pas réalisée la promesse, faite à Saint-Ouen, d'abandonner aux deux grands corps de F Etat l'examen du texte de la Constitution ; il dut se contenter pour l'instant de faire glisser dans la réponse au discours du trône une observation d'après laquelle la Charte devait être considérée comme un contrat entre le prince et le peuple, non
1 Viss Berry, Journal and Correspondance, III, 24. — Mme de Staël, Considérations, XIV, 28 et sqq.