‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 293 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

comme un présent du premier !. Dans l'entourage intime du roi on regardait le régime constitutionnel comme une expérience qui, on l'espérait, ne résisterait pas aux premières désillusions. Dans la presse se faisaient voir des talents qui voulaient obliger la monarchie au parlementarisme, mais mettaient, en attendant, la consolidation de cette monarchie audessus de tous les autres intérêts. Ainsi pensaient les deux fondateurs de l'école doctrinaire, consultés par l'abbé de Montesquiou en leur qualité de fonctionnaires du ministère de l'intérieur. L'un était le protestant Guizot, l'autre un professeur de philosophie à la Sorbonne, partisan éprouvé des Bourbons, Paul Royer- Collard. La tâche était déjà très ardue, car les dangers qu'on avait prévus pour la monarchie assombrissaient de plus en plus l'horizon politique. Le ministre de la police, Beugnot, déclarait que celle-ci était l'alliée de la religion et de la morale. Les anciens officiers de mérite des troupes napoléoniennes furent non seulement assimilés aux émigrés, que le roi incorpora dans l'armée, mais fréquemment subordonnés à eux. Une partie du clergé, banni et rentré avec les Bourbons, protesta contre le Concordat ; la noblesse appauvrie se répandit en menaces contre les possesseurs de ses biens, dont le droit de propriété avait été affirmé inviolable par la Déclaration de Saint-Ouen. Au nombre des libertés garanties était celle de la presse, que dirigeait Koyer-Collard. Dans les circonstances actuelles néan-

1 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIV, 56 et sqq.

moins, on trouva si grave d'accorder cette liberté, que lui et Guizot, qui lui était adjoint, ne se rendirent à la demande d'une loi sur la presse que leur adressa la majorité de la Chambre, qu'avec des réserves qu parurent tout à fait exagérées même à quelques feuilles royalistes, telles que le Journal de Paris et les Débats. Benjamin Constant parla au nom de l'opposition dans une brillante brochure. Le gouvernement, y était- il dit, assumerait lui-même, en établissant la censure, la responsabilité de toutes les assertions de la presse, et s'enlèverait ainsi la possibilité de former l'opinion publique et d'utiliser l'influence des départements contre celle de la capitale. La loi sur la presse présentée par le gouvernement ayant été acceptée, avec quelques changements, pour les trois années suivantes, Benjamin Constant répliqua une fois encore, en prenant surtout à parti les affirmations de l'abbé de Montesquiou, ministre de l'intérieur. Dans son Journal sa colère éclate en ces termes : « La loi a passé. Adieu la Constitution et au diable la France ! l » . Talleyrand l'invita à table. Lui aussi, à ce moment, éprouvait la tentation de se rapprocher de l'opposition parlementaire ; mais il se rangea à un meilleur avis et échappa aux pénibles difficultés de la situation intérieure en partant pour le Congrès de Vienne. Il y fit son apparition, le 23 septembre, comme envoyé de la France, et s'y prépara un brillant triomphe diplomatique. En juin, Mme de Staël était retournée à Coppet. Elle aurait préféré

1 Benjamin Constant, Journal intime. Revue internationale, 10 mars 1887, 771.

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