‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 295 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME 6o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 6o

Votre femme s'en détachera aussi, et, si c'est l'amour qui vous met dans cet état, la personne que vous aimez n'aura jamais d'affection pour vous». «Il y avait bien de la vérité dans ce discours », ajoute Benjamin Constant, qui le rapperte lui-même. « Je le niais, mais je le sentais1 ».

La chose avait son côté sérieux, car dans le salon de Mme Récamier on était résolument royaliste. Là fréquentait le président de la Chambre, Laine, qui avait eu le courage de réclamer de Napoléon, au nom du Corps législatif, l'octroi des droits constitutionnels, et que le duc d'Angoulême avait placé depuis à Bordeaux, à la tête de l'administration royale. La droite royaliste était représentée par les deux Montmorency, la monarchie d'après la Charte par Chateaubriand, auquel Mme de Duras avait fait obtenir le poste d'ambassadeur de France en Suède ; mais il préféra attendre à Paris le cours des événements. Sous ces influences, Benjamin Constant qui, en janvier 1814 encore, suppliait le ciel de le préserver d' «un petit crétin d'Angoulême », devint de plus en plus royaliste ; il disait du gouvernement qu'il éiait débonnaire et pénétré des meilleures intentions, et enregistrait avec satisfaction dans son Journal que le favori du roi, le duc de Blacas, semblait bien disposé en sa faveur. Mme de Staël ne pouvait, elle, envisager avec autant de confiance l'avenir . Elle écrivait , il est vrai , de Coppet à

1 Benjamin Constant, Journal intime. Revue internationale , 40 mars 4887, 772 et sqq. Lettres à Jtfme Récamier, 107-408, février 1815.

Mme Récamier : « On m'a reçue avec des boîtes, des fleurs et des couplets, mais je n'ai pas l'âme assez champêtre pour ne pas regretter votre petit appartement, et nos querelles et nos entretiens, et toute cette vie qui est en vous ! » . Cela toutefois ne l'empêchait pas de s'avouer dans son for intérieur qu'il valait mieux pour elle sous tous les rapports rester éloignée de la capitale.

En été elle reçut la visite de sir Humphrey Davy et de sa femme et de sir James Mackintosh. Caroline de Humboldt profita également d'un séjour en Suisse pour aller voir son amie de Coppet2. A Genève, écrivait Bonstetten à Friderike Brun, on sent bien que Mmo de Staël est revenue couronnée de lauriers. L'été s'écoula tranquillement. Des raisons pressantes la ramenèrent plus tôt qu'elle ne l'avait voulu, dans l'automne de 1814, à Clichy, près de Paris, où elle loua une maison de campagne. 11 s'agissait de l'avenir de sa fille Albertine, à la main de laquelle aspirait un prétendant qui par sa situation comme par sa personnalité remplissait tous les vœux de Mme de Staël. C'était le duc de Broglie, alors âgé de vingtneuf ans et dont elle avait connu les parents dès sa jeunesse. Le père, un constitutionnel de 1789, était mort sur Téchafaud ; xMme de Staël avait travaillé à arracher la mère aux cachots de la Terreur. Le jeune homme avait servi l'Empire; la Restauration l'ap-

1 L'Auteur des Souvenirs de M,ne Récamier, Coppet et Weimar, 273.

2 * R. Haym, Lettres de Guillaume de Humboldt et lettres à lui adressées. A Welcker, aqûtl8!4.

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