‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 297 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME O · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME O

crer tout entier à l'étude et à la méditation, mais autant qu'il dépend de moi, et en ce qui ne concerne que moi, autant que l'avenir des enfants me le permet, je vous imite et j'espère que le moment viendra où rien ne me retiendra plus dans un monde et dans des affaires auxquels je ne suis plus propre ».

Pareils vœux sont souvent exprimés, rarement réalisés. Le duc de Broglie mourut chargé de jours, en 1870 ; mais sa carrière politique se termina en fait à la mort de sa femme.

Riche, il ne l'était plus depuis la Révolution. Cependant, quand il déclara son intention, dans l'automne de 1814, de devenir l'époux d'Albertine de Staël, la famille de Broglie rejeta l'idée d'une telle union comme une mésalliance. Seule sa mère se mit de scn côté et ne crut pas « le moment venu de raviver la lutte entre les Capulet et les Montecchi ». « Bénissez ce mariage au nom de mon père, par qui il se fait », écrivit Mme de Staël à Meister. Le roi avait promis de faire inscrire, au nombre des dettes de la famille royale que la France prenait à son compte, les deux millions prêtés par Necker à Louis XVI '. En attendant, les derniers jours de 1814 et les trois premiers mois de 18 15 s'écoulèrent rapidement pour le fiancé. Il se couchait tard et se levait de grand matin, étudiait ardemment durant une partie de la nuit et la première moitié de la matinée, — ne négligeant rien pour se rendre digne de la position qui lui était échue, — politique, jurisprudence, économie politique, finances, administration. 11 mentionne dans

1 Duc de Broglie, Souvenirs, I, 272-287.

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ses Souvpjiirs les étrangers qu'il rencontrait dans le salon de sa future belle-mère, au premier rang Canning , sir James Mackintosh , lord Harrowby , Alexandre de Humboldt, et enfin le duc de Wellington ; mais, dit-il à propos de ce dernier, il « m'inspirait tout ensemble del'éloignementetdu respect... Dans la position où se trouvait la France, tout commerce avec les étrangers, quels qu'ils fussent, me répugnait à certain degré ». Parmi les Français, il y vit quelquefois Chateaubriand, et habituellement La Fayette et Benjamin Constant. Ce dernier célébrait alors la légitimité des princes et maudissait l'usurpation en termes qu'un habitué de Coblentz n'aurait pas désavoués ; il ne voyait de salut pour le peuple et d'espoir pour la liberté qu'à l'ombre des1 trônes antiques et des institutions traditionnelles ; tout roi de fraîche date était, pour lui, un usurpateur, et tout usurpateur un tyran. Cet accès d'orthodoxie ultra rhénane n'était pas trop bon teint, aussi ne lui durat-il guère ; mais, affirme le duc de Broglie, il eut cet heureux effet de l'engager sincèrement dans les vues et les intérêts du gouvernement nouveau et d'employer, au service de la cause constitutionnelle, a le trésor de sages réflexions et d'informations utiles qu'il avait en portefeuille ; il s'y consacra de tout son cœur et sans arrière-pensée ». C'est Benjamin Constant qui a vraiment enseigné le gouvernement représentatif à la nation nouvelle, tandis que Chateaubriand l'enseignait à l'émigration et à la gentilhommerie. Le duc de Broglie l'assistait dans le travail de ses brochures « en qualité de manœuvre » ,

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