‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 304 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tricolore flottait de nouveau sur tout le territoire français. Mais, en dehors de son inonde officiel, dans lequel Carnot, ministre de l'intérieur, représentait la nouvelle politique, et Fouché, ministre de la police, la tradition révolutionnaire et l'art de la conservation personnelle, les soutiens de l'Empire libéral n'étaient pas encore trouvés. Et déjà l'Europe entière avait l'arme au bras contre celui que Talleyrand nommait « l'homme de l'Elbe » et qu'il faisait mettre au ban de la civilisation. La France restait seule pour sauver Napoléon, et la presse, qu'il avait rendue libre, les adresses et les manifestations des grands corps de l'Etat, ne permettaient pas de douter un seul instant qu'une nouvelle ère de despotisme était désormais impossible.

Dans le voisinage immédiat de l'Empereur un seul homme de confiance s'offrait pour le rapprochement avec le parti libéral : c'était son frère Joseph. Il échoua auprès de La Fayette, qui refusa la pairie, parce que, « pour rentrer dans la vie publique, il attendait le choix du peuple » ; mais il promit de combattre l'invasion étrangère aux côtés du gouvernement '.. On fut plus heureux avec Benjamin Constant. Sebastiani lui avait garanti sa sûreté personnelle ; Fouché le tranquillisa à sa façon, le vit beaucoup, et les promesses relatives à un régime libéral furent rendues plus alléchantes par la perspective de sa nomination au conseil d'Etat. Il commença à s'exprimer, dans le Journal de Paris, d'une façon

1 La Fayette, Mémoires, V, 418-419.

optimiste sur la situation, mais réclama en même temps à tout hasard ses passeports1.

Pendant ce temps, Napoléon s'était informé de Mme de Staël, et avait exprimé à son frère Joseph le regret qu'il éprouvait de ce qu'elle eût quitté la capitale ; il lui fit dire qu'on avait besoin d'elle à Paris, dans l'intérêt des idées constitutionnelles. Elle refusa, en disant : « L'Empereur s'est bien passé de constitution et de moi pendant douze ans, et à présent même il ne nous aime guère plus l'une que l'autre 2 ». >

Toutefois dans une lettre à Mme Récamier, qui rtait restée à Paris et était liée à la fois avec Joseph et avec Ilortense, devenue duchesse de Saint-Leu, Mme de Staël s'exprimait ainsi: « Voici ce que je désire et demande, d'après la bienveillance que l'Empereur m'a fait connaître directement par son frère. C'est qu'on ne refuse pas à la trésorerie la promesse d'inscription que le ministre du roi a donnée à mon fils avant son départ. Comme la dette de mon père a ('•té déclarée dette de l'Etat par le comité de liquidation, il n'y arien de contraire aux principes de l'Empereur dans la justice que je réclame. Sans cette liquidation, je ne sais comment pourrait aller le mariage d'Albertine, car ils n'auraient pas assez de fortune... Ma fortune personnelle est si dérangée par

1 Benjamin Constant, Journal intime. Revue internationale. 25 mars 1887, 934-935.

s ]ypne Becker de Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de illQie de Staël. — * Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, 11,81.

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