‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 305 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME Ö · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME Ö

dix ans d'exil, que je ne puis faire pour Alberline ce qui la mettrait à Taise l ».

Benjamin Constant, lui, composait à Paris un mémoire sur la paix, dont la tendance devait venir en aide au gouvernement impérial; il note dans son Journal que Mme de Staël aussi bien que La Fayette lui écrivirent des lettres d'avertissement. « Ils ont raison, imprimons et partons », remarque-t-il à ce sujet. A ce moment il reçut par l'intermédiaire de Fouché, qui avait répondu à l'Empereur du succès , une invitation à venir s'entretenir avec celui-ci. La conversation dura longtemps. Napoléon insista surce point, qu'il ne devait pas son retour à l'armée, qu'il n'était pas seulement, comme on le prétendait, l'Empereur des soldats, qu'il était aussi celui des paysans, des plébéiens. « Le peuple, ou, si vous l'aimez mieux, la multitude ne veut que moi. Vous ne l'avez pas vue, cette multitude, se pressant sur mes pas, se précipitant du haut des montagnes, m'appelant, me cherchant, me saluant... Malgré tout le passé, vous voyez le peuple revenir à moi. Il y a sympathie entré nous. Ce n'est pas comme avec les privilégiés. La noblesse m'a servi, elle s'est lancée en foule dans mes antichambres. Il n'y a pas de place qu elle n'ait acceptée, demandée, sollicitée. J'ai eu des Montmorency, des Noailles, des Rohan, des Beauvau, des Mortemart. Mais il n'y a jamais eu

1 L'Auteur de9 Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar, 31 mars 1815. Mmc de Staël à Meister, Coppet, 25 avril 1815. Lettres inédites en possession de M. le docteur Th. Reinhart.

analogie. Le cheval faisait des courbettes, il était bien dressé: mais je le sentais frémir. Avec le peuple, c'est autre chose. La fibre populaire répond à la mienne. Je suis sorti des rangs du peuple : ma voix agit sur lui. Voici ces conscrits, ces fils de paysans ; je ne les flattais pas, je les traitais rudement. Ils ne m'entouraient pas moins, ils n'en criaient pas moins : Vive l'Empereur ! C'est qu'entre eux et moi il y a même nature. Ils me regardent comme leur soutien, leur sauveur contre les nobles... Je n'ai qu'à faire un signe, ou plutôt à détourner les yeux, les nobles seront massacrés dans toutes les provinces. Ils ont si bien manœuvié depuis dix mois !... mais je ne veux pas être- le roi d'une jacquerie. S'il y a des moyens de gouverner par une constitution, à la bonne heure... J'ai voulu l'empire du monde, et, pour me l'assurer, un pouvoir sans borne m'était nécessaire... Le monde m'invitait à le régir. Souverains et sujets se précipitaient à l'envi sous mon sceptre. J'ai rarement trouvé de la résistance en France ; mais j'en ai pourtant rencontré davantage dans quelques Français obscurs et désarmés, que dans tous ces rois si fiers aujourd'hui de n'avoir plus un homme populaire pour égal... Voyez donc ce qui vous semble possible ; apportez-moi vos idées. Des discussions publiques, des élections libres, des ministres responsables, la liberté de la presse, je veux tout cela... La liberté de la presse surlout ; l'étouffer est absurde... Je suis l'homme du peuple ; si le peuple veut réellement la liberté, je la lui dois. J ai reconnu sa souveraineté. 11 faut que je prête l'oreille à sa volonté, même à ses

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