‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 307 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Genève, dans les rangs de laquelle on avait gagné Sismondi. Benjamin Constant n'était pas le seul qui eût intérêt à représenter Mme de Staël comme convertie à l'Empire. Beaucoup d'années plus tard parurent les Mémoires de Joseph Bonaparte, où se trouvait cité un fragment d!une lettre de Mme de Staël que son fils avait apportée à Paris quand il y revint en mai 1815 pour les affaires de sa mère. Ce fragment portait ce qui suit relativement à Y Acte additionnel : « C'est aujourd'hui tout ce qu'il faut à la France, rien que ce qu'il faut, pas plus qu'il ne faut. Ce qui se passe en France depuis votre départ de Prangins dépasse tout ce que l'histoire nous raconte de plus merveilleux. Je vous recommande mon fils. Faites qu'il voie l'Empereur ! ». Joseph Bonaparte avait, en mars, quitté précipitamment la Suisse pour se rendre auprès de Napoléon. Il est donc possible que ces lignes lui soient adressées. Mais, tandis que les autres lettres de ]Vlme de Staël à Joseph sont imprimées dans les Mémoires de l'ancien roi d'Espagne, cette lettre ne s'y trouve pas, et le fragment communiqué ne dit. rien autre chose, sinon que la Constitution répondait aux vœux de Mme de Staël. Son fils fut conduit aux Tuileries par Benjamin Constant et très bien accueilli par l'Empereur. « Le Benjamisme a Auguste de Staël et Sismondi pour lui », écrivit alors Montlosier. Les choses en restèrent là, car le temps manquait pours'oc-

1 Du Casse, Mémoires du roi Joseph, X, 228, 337. Ce fragment de lettre est également reproduit dans les Mémoires deSavary, VIII, 56.

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cuper du règlement d'affaires privées. Plus tard, après la mort de sa mère, le baron de Staël ayant appris qu'une gazette allemande avait publié des anecdotes sur la conduite de Mme de Staël pendant les Gent-Jours, il pria Guillaume Schlegel de réfuter « cette absurdité » , puisque lui-même savait mieux que personne comment les choses s'étaient passées i. Auguste de Staël était mort à son tour, quand Thiers, de son côté, répéta que Mm de Staël avait, pendant les Gent-Jours, modifié son opinion à l'égard de Napoléon. 11 s'appuyait pour cela, indépendamment des Mémoires du roi Joseph* sur les communications de M. Grawford, ministre des Etats-Unis à Paris, qui, en ce moment, abandonnait ce poste pour aller occuper celui de secrétaire d'Etat de la guerre dans le cabinet de Washington. M. Crawford quitta le continent dans les derniers jours d'avril , environ un mois après le retour de Napoléon. Arrivé en Angleterre, il écrivait à lord Castlereagh, le 23 avril, qu'il avait reçu différentes lettres de Mme de Staël dans lesquelles elle parlait de la crainte qu'inspiraient les Jacobins, de leur nombre et de leur influence ; du danger, s'ils l'emportaient, de voir se renouveler les scènes révolutionnaires à l'intérieur, et leurs efforts employés à exciter des commotions au dehors. La dernière traitait la question de la puissance croissante de Napoléon et de la probabilité d'un soulèvement national en sa faveur, qui faisait paraître désirable la conclusion de la paix entre lui et l'Angle -

1 * Gazette privilégiée de Berlin, n° 138, 18 novembre 1819. — Cousin d'Avallon, Staëlliana, 1Û6.

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