‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 308 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME 63 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 63 I

terre ; aussi Crawford l'envoyait-il à lord Castlereagh.

La correspondance de celui-ci renferme en effet l'incluse annoucée, sous la date du 23 avril, portant pour susciiption: « Mmc de Staël à M. Crawford ». Cette lettre, cependant, n'est pas signée et suppose la présence à Paris de la personne qui l'écrivait, tandis que Mme de Staël était de retour à Coppet depuis le 16 mars. L'historien du Consulat et de l'Empire n'a pas tenu compte de ce fait et porte la lettre à l'actif de Mme de Staël. A quoi Sainte-Beuve répond que, même au cas où son authenticité serait prouvée, rien, dans cette lettre, ne porterait atteinte à la dignité et aux convictions de celle qui est supposée en être l'auteur. Il ajoute : « Bien, très bien ! et qui que tu sois qui l'as écrite, tu es un brave cœur l ! ». Depuis la première Restauration, Mme de Staël était un peu revenue de son enthousiasme pour l'Angleterre, qui ni en France, ni en Espagne, ni au Congrès de Vienne, n'avait défendu la cause de la liberté. Elle n'en rendait pas responsable la nation, mais un parti, les tory s, qui étaient à la tête du gouvernement. « On trompe le peuple anglais », dit-elle à Canning ; « il ne sait pas qu'on l'emploie à priver les autres peuples de la liberté qu'il possède, à protéger l'intolérance envers ses frères en religion s'il le savait, il renierait ceux qui abusent de son nom 2 ».

1 Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, II, 320-321. 2 Mme Neckerde Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de itfme de Staët. — La Fayette, Mémoires, V, 387. —

Le Journal intime de Benjamin Constant aussi s'est mis de la partie et ne laisse pas douter un instant de la bonne volonté qu'avait son auteur de compromettre politiquement Mme de Staël, s'il le pouvait, car il nourrissait alors contre elle des griefs tout particuliers. Dans l'hiver de 1815 il avait acheté une maison à Paris, pour devenir par là éligible et député, et Mme de Staël lui avait avancé à cet effet quatre-vingt mille francs, sous cette clause que la moitié de cette somme devrait être remboursée au mariage de sa fille. Elle dut lui rappeler la chose au printemps, et le fit dans plusieurs lettres excessivement désagréables à écrire, vu la nature de l'affaire. Benjamin Constant fut si irrité, qu'il se livre dans son Journal à cette menace : « Lettre furieuse de Mme de Staël. Je l'attends et je l'écrase. J'ai ce qu'il faut pour cela l ». Cette menace ne fut pas mise à exécution, par la bonne raison qu'elle ne trouva rien à quoi se prendre . Au contraire , le point de vue de Mrae de Staël devient beaucoup plus

Mme de Staël Considérations. Œuvres complètes, XIV, 297,

1 Benjamin Constant, Journal intime. Bévue internationale, 25 mars 1887, 939. A comparer : J. H. Menos : Lettre de Benjamin Constant à sa famille, p. 632. Les lettres écrites par Benjamin Constant à sa cousine Rosalie pendant les années 1814-1815 jettent sur sa véracité un doute pénible. Il est impossible de comparer ces lettres avec celles de Mme de Staël, que Strodtmann a publiées, sans s'apercevoir que Benjamin Constant trompait les siens sur la nature de ses relations d'atfaires avec *\lme de Staël. Sur d'autres points, il n'était guère plus sincère.

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