‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 310 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Relativement aux puissances, la situation, depuis 1814, était également devenue trcs différente. Ce ne fut plus le tzar Alexandre, mais le duc de Wellington, Gneisenau et Blücher, qui dirigèrent alors les opérations militaires, et ce fut une lettre du duc qui, le lendemain de Waterloo, rappela, sous la conduite de drapeaux anglais, le roi en France. Jusque là lape tite cour, réfugiée à Gand, était restée livrée aux intrigues contre lesquelles le royalisme libéral de Mole et de Royer-Collard, de Guizot et de Chateaubriand, luttait en apparence vainement. A Mons encore, où Louis XVlll se rendit directement en quittant Gand, il était accompagné de son favori le duc de Blacas et entouré d'émigrés. Talleyrand, qui y arriva quelques heures après le roi, et, avec une mauvaise humeur calculée, évita la cour, apprit la même nuit que Louis XVI II avait donné l'ordre de poursuivre le voyage. Il n'eut que le temps de donner au dernier moment des conseils qui furent repoussés. C'est alors que Wellington intervint. Sur sa demande, Talleyrand se rendit à Cambrai, le 27 juin, comme conseiller du monarque, qui déjà s'était obligé de nouveau à respecter les principes fondamentaux du régime constitutionnel.

Le programme de ce régime, Talleyrand l'exposa dans son célèbre Rapport à Louis XVlll. « Le principe de la légitimité était attaqué aussi par les fautes des défenseurs du pouvoir légitime, qui, confondant deux choses aussi différentes que la tenue du pouvoir et son exercice, se persuadaient ou agissaient comme s'ils étaient persuadés que, par cela même

qu'il était légitime, il devait aussi être absolu. Mais quelque légitime que soit un pouvoir, son exercice doit varier selon les objets auxquels il s'applique, selon les temps et selon les lieux. Or, l'esprit des temps où nous vivons exige que, dans les grands Etats civilisés, le pouvoir suprême ne s'exerce qu'avec le concours de corps tirés du sein de la société qu'il gouverne... Avec cette disposition qui se montre aujourd'hui chez tous les peuples, et dans un temps où l'on discute, où l'on examine, où l'on analyse tout, et surtout les matières politiques, on se demande ce que c'est que la légitimité, d'où elle provient, ce qui la constitue. Lorsque les sentiments religieux étaient profondément gravés dans les cœurs et qu'ils étaient tout puissants sur les esprits, les hommes pouvaient croire que la puissance souveraine était une émanation de la Divinité. Ils pouvaient croire que les familles que la protection du ciel avait placées sur les trônes, et que sa volonté avait longtemps maintenues, régnaient sur eux de droit divin. Mais dans un temps où il reste à peine une trace légère de ces sentiments, où le lien de la religion, s'il n'est rompu, est au moins bien relâché, on ne veut plus admettre une telle origine de la légitimité. Aujourd'hui, l'opinion générale, et l'on tenterait vainement de l'affaiblir, est que les gouvernements existent uniquement pour les peuples : une conséquence nécessaire de cette opinion, c'est que le pouvoir légitime est celui qui peut le mieux assurer leur bonheur et leur repos. Or, il suit de là que le seul pouvoir légitime est celui qui existe depuis une

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