‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 311 sur 341 · CHAPITRE SEPTIEME b'ij · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME b'ij

longue succession d'années; et en effet, ce pouvoir, fortifié par le respect qu'inspire le souvenir des temps passés.., livre plus rarement qu'aucun autre le sort des peuples au funeste hasard des révolutions ; c'est donc celui auquel leurs plus chers intérêts leur commandent de rester soumis. Mais si l'on vient malheureusement à penser que les abus de ce pouvoir l'emportent sur les avantages qu'il faut procurer, on est conduit à regarder la légitimité comme une chimère ».

Comme Necker l'avait fait jadis, Talleyrand, lui aussi, proposa de conjurer le danger en faisant appel à l'opinion publique. « Que faut-il donc pour donner aux peuples la confiance dans le pouvoir légitime, pour conserver à ce pouvoir le respect qui assure sa stabilité ? Il suffit, mais il est indispensable, de le constituer de telle manière que tous les motifs de crainte qu'il peut donner soient écartés... La puissance souveraine ne peut trouver d'appui que dans l'opinion, et pour cela il faut qu'elle marche d'accord avec cette même opinion ». Or, cette opinion réclame la garantie de la liberté individuelle, la liberté de la presse, l'indépendance de l'ordre judiciaire, la responsabilité ministérielle comme celle de toutes les personnes qui entrent dans les conseils du souverain l. Dans la proclamation du 7 juillet, ces garanties se trouvent presque toutes énumérées. Elles sont accompagnées de promesses d'oubli et de pardon, qui n'excluaient que quelques traîtres. Pen-

1 Correspondance inédite du prince de Talleyrand et du roi Louis XV 111 pendant le Congrès de Vienne, 463-473.

dant que les troupes françaises se retiraient derrière la Loire pour obéir aux termes stipulés à la convention de Saint- Cloud, les troupes prussiennes et anglaises occupaient Taris et Louis XVHI arrivait à Saint-Denis sous la conduite de Wellington.

Là le monarque allait se trouver en face d'une situation qui, selon toute probabilité, n'était point inattendue. Déjà à Gand, Fouché, encore ministre de Napoléon, lui avait adressé des propositions, et Wellington avait dit un mot au roi sur la nécessité de se servir de lui '.Maintenant Wellington aussi bien que Talleyrand déclarèrent qu'il était indispensable de l'appeler comme ministre dans le conseil de Louis XVIII. Fouché était depuis le 22 juin le chef du gouvernement provisoire. Parmi les nombreuses raisons qui plaidaient en faveur de cette mesure, il fallait compter la crainte où l'on était qu'il transportât les Chambres et le gouvernement au-delà de la Loire, au milieu de l'armée. Ce qui était plus décisif encore, c'est qu'il connaissait tous les secrets, qu'il avait usé toutes les personnalités et tous les partis en les mettant aux prises les uns avec les autres. Et Wellington savait de son côté que le tzar Alexandre et La Fayette songeaient au duc d'Orléans, Metternich aune régence, et que, par conséquent, l'entente des puissances relativement aux Boi.rbons n'était qu'apparente 2. Il s'agissait donc d' installer Louis XV I II aux Tuileries avant le retour des princes alliés dans

1 * Bernhardi, Histoire de Russie, I, 258.

2 * Bernhardi, Histoire de Russie. I, 188, 352, 375, 430- 434. — La Fayette, Mémoires, V. Première Restauration et

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