CHAPITRE SEPTIÈME 63g
la capitale. A ce prix, Fouché devint ministre avec l'assentiment des royalistes l. Après qu'il eut proclamé solennellement ce mensonge, que le rétablissement des Bourbons était réclamé par les puissances, le gouvernement et les Chambres se dispersèrent, et l'entrée de Louis XVIII précéda de quelques heures celle des princes alliés. Chateaubriand, quand il revit le roi, qu'il avait élevé sur le bouclier, en compagnie de Fouché et de Talleyrand, « le vice appuyé sur le crime », sentit en gentilhomme ratfront. C'était à Saint-Denis, et Louis XVI II l'engagea vivement à dire ce qu'il pensait : « Sire, je crois la monarchie finie », répondit-il. « Je suis de votre avis », répliqua le roi 2.
Mmo de Staël pensait de même. Cette possibilité d'appeler Fouché dans le conseil du roi avait été pesée devant elle en présence de Fouché lui-même et de Benjamin Constant, et elle avait déclaré sans détours que cela ne devait pas se faire 3. Elle alla plus loin, et dans les Considérations rompit ouvertement avec Talleyrand. Nul doute, en effet, que les lignes suivantes ne visent directement son ancien ami : « Mais ces hommes dégagés de tout scrupule politique, comment compter sur leurs promesses ? Ils ont de l'esprit, diton. Ahl qu'il soit maudit, l'esprit, s'il dispense d'un seul sentiment vrai, d'un seul acte de moralité droit
Cent-Jours, 308-309, 339, 373. — Viel-Castel, Histoire de la Restauration. III, 1.
1 Baron de Vitrolles, Mémoires, III, 104-113 et sqq.
2 Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, IV, 33, 36.
3 Benjamin Constant, Mémoires sur les Cent-Jours, I 97.
et ferme ! Et de quelle utilité sont donc lts facultés de ceux qui vous accablent, quand vous succombez ? Qu'un grain noir se montre sur l'horizon, par degrés leur physionomie perd son empressement gracieux ; ils commencent à raisonner sur les fautes qu'on a commises , ils accusent leurs collègues amèrement, et font des lamentations doucereuses sur leur maître ; enfin, par une métamorphose graduée, ils se changent en ennemis, eux qui naguère avaient égaré les princes par leurs flatteries orientales 1 ». Les succès même de la diplomatie française à Vienne lui arrachèrent la remarque que celle-ci aurait dû se proposer pour tâche d'organiser non pas l'Allemagne, mais la France.
Dans une lettre à Meister, peu de semaines après Waterloo, ce mot lui échappa : « A l'honneur près, nous avons tout sauvé». A la comtesse d'Albany, qui partageait sa manière de voir, elle écrivit de Pise : « Vous dites avec raison qu'on est aussi libre ici que dans une république ; certainement, si la liberté est une chose négative, il ne s'y fait aucun mal quelconque ; mais où est l'émulation ? où est le mobile de la distinction dans les hommes ? Je conviens avec vous que c'est un grand bonheur pour l'Europe que l'affranchissement de Bonaparte et qu'un peu de bêtise dont on est assez généralement menacé vaut mieux que la tyrannie ; mais la France, la Fiance ! Dans quel état elle est ! et quelle bizarre idée de lui donner un gouvernement qui a de bien nombreux
1 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIV,