CHAPITRE SEPTIÈME
secours sans porter atteinte en aucune manière à la vente des propriétés nationales, et leur faire comprendre qu'ils devaient consentir, pour le bien de l'Etat, à ce que le monarque se préoccupât avant tout de l'intérêt général du pays. Le clergé redemandait son ancienne existence ; mais est-il nécessaire que le clergé soit un corps politique dans l'Etat et qu'il possède des richesses territoriales, pour que le peuple français redevienne plus religieux? Sans doute, l'instruction du peuple est négligée à un degré qui menace toute espèce de gouvernement. S'ensuitil qu'on doive remettre l'éducation publique exclusivement aux prêtres? Le pays le plus religieux de l'Europe, l'Angleterre, n'a jamais admis une telle idée. On n'y songe ni dans l'Allemagne catholique, ni dans l'Allemagne protestante. L'éducation publique est un devoir des gouvernements envers les peuples, sur lequel ils ne peuvent prélever la taxe de telle ou telle opinion religieuse. Ce que veutle clergé en France, ce qu'il a toujours voulu, c'est le pouvoir; en général, les réclamations qu'on entend, au nom de l'intérêt public, se réduisent à des ambitions de corps ou d'individus. Se publie-t-il un livre sur la politique, avez-vous de la peine à le comprendre, vous paraît il ambigu, contradictoire, confus, traduisez-le par ces paroles : Je veux être ministre, et toutes les obscurités vous seront expliquées. Les sénateurs et les députés portent encore le même uniforme que Napoléon leur a donné ; ils font encore les mêmes révérences, en se tournant vers l'orient, au lieu de l'occident ; mais ils saluent tout aussi bas que de
coutume. Ils ont tellement l'habitude de la soumission, que tous les sourires habituels de leurs physionomies servent, comme d'ordinaire, à admirer le pouvoir. Le premier paragraphe des Droits de l'Homme est pour chaque Français le droit de vivre de l'Etat ; la fureur d'être employé par l'Etat et pensionné par lui dévore la France l.
Quelle était donc, au milieu de ces difficultés, la tâche du gouvernement? Il devait, dit Mme de Staël, tenir exactement ses obligations envers l'armée, ne pas favoriser outre mesure les officiers supérieurs aux dépens des officiers du second rang, détacher par degrés cette armée de ce besoin de la guerre, de cette frénésie de conquêtes avec laquelle on avait obtenu tant de succès militaires et fait tant de mal au monde; mais le respect de la loi, le sentiment de la liberté pouvaient seuls opérer ce changement, sans qu'on dût néanmoins jamais compter que les soldats français, qui la plupart ne connaissaient pas les Bourbons, les proféreraient au général qui les avait conduits vingt ans à la victoire. En matière religieuse,, le gouvernement devait pratiquer la tolérance universelle et la liberté, « à partir des choses telles qu'elles sont ». Vouloir se servir du clergé pour ramener l'ancien régime, ce serait, on peut en être certain, accroître l'incrédulité par l'irritation. Qu'at-on pu avoir en vue, par exemple, en substituant à la fête de Napoléon, le 15 août, une procession pour célébrer le voeu de Louis Xlll, qui consacre la France
1 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIII,