‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 315 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

à la Vierge? « Il faut convenir que cette nation française a terriblement d'àpreté guerrière, pour qu'on la soumette à une cérémonie si candide ». Les courtisans suivent cette procession dévotement, pour obtenir des places ; mais quel bien fait-on au pays en voulant mettre en honneur d'anciens usages qu n'ont plus d'influence sur le peuple? C'est l'accoutumer à se jouer de la religion, au lieu de lui rendre 1 habitude de la révérer. Quant au passé, il ne faut passe livrera son sujet à de vaines récriminations. Le rétablissement de l'influence politique du clergé n'a point de rapport avec la juste pitié qu'ont inspirée les souffrances des prêtres, et les privilèges de la noblesse ne doivent point lui être rendus en compensation des injustices dont el'e a été l'objet. « De même aussi, parce que le souvenir de Louis XVI et de sa famille inspire un intérêt profond et déchirant, il ne s'ensuit pas que le pouvoir absolu soit la consolation nécessaire qu'il faille donner à ses descendants. Ce serait imiter Achille, qui faisait immoler des enclaves sur le tombeau de Patrocle » . Quand on peint les horreurs qui se sont commises en France, seulement avec l'indignation qu'elles doivent inspirer, tout le monde s'y associe ; niais quand on en fait un moyen d'exciter à la haine contre la liberté, on sèche les larmes que les regrets spontanés auraient fait couler. C'est la conduite de la maison de Hanovre, et non celle des Stuarts, qu'il faut prendre pour modèle. La pairie doit être héréditaire, composée des anciennes familles de France qui lui donneront de la dignité, et des hommes qui s'acquerront

un nom honorable dans la carrière militaire on civile. Les nouveaux tireront du lustre des anciens, et les anciens des nouveaux ; c'est ainsi qu'on marchera vers rette fusion constitutionnelle des classes, sans laquelle il n'y a jamais que de l'arrogance d'une part, et de la subalternité de l'autre. La plus grande erreur de la Charte, la condition d'éligibilité, fixée à quarante ans et qui étouffe ainsi toute espèce d'émulation, et le mode d'élection qui fait des députés bien moins les élus de la nation que les créatures du roi, doivent céder la place à une représentation qui mérite vraiment ce nom. Une Chambre de représentants nombreux (six cents députés au moins : la Chambre des Communes en Angleterre en a davantage) donnera plus de considération au corps législatif, et, en rendant nécessaire le suffrage de leurs concitoyens à beaucoup d'individus qui s'en sont « terriblement » passés, on peut faire renaître chez eux le besoin de l'estime. Il importe d'autre part d'établir des autorités locales dans les villes et dans les villages, de créer des intérêts politiques dans les provinces, afin de diminuer l'ascendant de Paris, « ou l'on veut tout obtenir par la faveur ». Seulement, comme l'on ne peut gouverner les nations libres qu'à l'aide des hommes qui sont d'accord avec les opinions de la majorité, il en est qu'on doit exclure. Aucun de ceux qui se sont souillés d'un crime pendant la Révolution, c'est-à-dire qui ont versé le sang innocent, ne peut être utile en rien à la France. Le public les repousse, et leur propre inquiétude les faitdévieren tous les sens. « Celui qui n'a passu tirer

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