‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 316 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

sa conscience et son honneur intacts de quelque lutte que ce soit, peut encore être assez adroit pour se servir lui-même, mais ne peut jamais servir sa patrie ». Cependant, sécurité pour eux! car nul ne peut dire ce qu'il aurait fait dans de si grandes tourmentes. Ces exclusions prononcées, il ne reste à choisir que des amis de la liberté, soit ceux qui ont conservé cette opinion, sans la souiller, depuis 1789, soit ceux qui l'ont adoptée plus récemment au milieu des efforts que l'on fait pour l'étouffer. De tels hommes sont appelés à terminer la Révolution par la liberté, et c'est le seul dénouement possible à cette sanglante tragédie. « Tous les efforts pour remonter le torrent feront chavirer la barque : mais faites entrer ce torrent dans des canaux, et toute la contrée qu'il ravageait sera fertilisée. Aucune confiscation, aucun exil, aucune arrestation illégale n'a eu lieu pendant dix mois: quels progrès en sortant de quinze ans de tyrannie ! Si l'on a parlé constitution à Bonaparte, c'est parce qu'on avait respiré pendant dix mois sous Louis XVIII. La paisible sagesse du roi achèvera la réconciliation, si la France, rendue à elle-même, peut reprendre son œuvre politique, interrompue par le retour du tyran. Les hommes éclairés n'ont pu voir en celui-ci qu'un despote ; mais, par un concours de circonstances bien funestes, on a présenté ce despote au peuple comme le défenseur de ses droits. Tous les biens acquis par la Révolution, « auxquels la France ne renoncera jamais volontairement » , étaient menacés par les continuelles imprudences du parti qui veut refaire la conquête

des Français, comme s'ils étaient encore des Gaulois; et la partie de la nation qui craignait le plus le retour de l'ancien régime a cru voir dans Bonaparte un moyen de s'en préserver. La plus fatale combinaison qui pût accabler les amis de la liberté, c'était qu'un despote se mît dans leurs rangs, se plaçât, pour ainsi dire, à leur tête, et que les ennemis de toute idée libérale eussent un prétexte pour confondre les violences populaires avec les maux du despotisme, et taire ainsi passer la tyrannie sur le compte de la liberté même. Il est résulté de cette fatale combinaison que les Français ont été haïs par les souverains pour vouloir être libres, et par les nations pour n'avoir pas su l'être. Sans doute, il a fallu de grandes fautes pour amentr un tel résultat ; mais les injures que ces fautes ont provoquées plongeraient toutes les idées dans la confusion, si l'on n'essayait pas de montrer que les Français, comme tout autre peuple, ont été victimes des circonstances qu'amènent les grands bouleversements dans l'ordre social \

C'est à Coppetet en Italie, où Mme de Staël s'était rendue à la fin de 1815, que fut tcrite cette partie des Considérations. On était au temps de la Terreur blanche dans le Midi de la France, alors que la populace égorgeait sans distinction protestants et bonapartistes, — le maréchal Brune comme les plénipotentiaires du roi, les généraux Ramel et de La Garde, — tandis que Fouché, à Paris, dressait des listes de proscription, et que la presse couvrait d'injures les

1 Mme de Staël, Considérations. Œuvres complètes, XIV,

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