‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 317 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME 65 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 65 I

vaincus de Waterloo et leurs partisans. Mme de Staël, qui continuait à travailler, vit le moment où elle serait proscrite sous les Bourbons pour les convictions même qui lui avaient valu l'exil sous Bonaparte. Elle se retournait contre les auxiliaires de sa propre cause, lorsqu'ils la défendaient par des moyens blâmables, car son besoin de vérité la ramenait à la justice, et par là même à la modération. C'est ainsi qu'un homme connu sous plus d'un régime lui ayant dit, après la bataille de Waterloo, que Bonaparte n'avait ni talent ni courage, elle lui lança cette riposte : « . C'est aussi par trop rabaisser la nation française et l'Europe, que de prétendre qu'elles aient obéi quinze ans à une bête et à un poltron ' ». A cela s'ajoutait le sentiment intolérable de l'occupation du sol français par les armées étrangères victorieuses. Une invitation personnelle et toute gracieuse du roi, qui lui fut transmise par l'ambassadeur de France en Suisse, ne put la décider à rentrer à Paris. « 11 me semble qu'il n'y a plus rien de possible », écrivit-elle à ce sujet à Meister. Un mot de Burke explique très bien ce qui se passait en elle. Un jour qu'on parlait devant lui du grand amour de Fox pour les Français : « Oui », répondit-il, « son attachement était grand et il a duré longtemps ; comme le chat, il est resté fidèle à la maison après que la famille en était partie 2 » .

« Les Français sont- ils faits pour être libres? ».

1 Mme Necker de Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de Mme de Staël.

* Samuel Rogers, Recolleclions, 81-82.

Tel est le titre du premier chapitre de la sixième et dernière partie du livre de Mme de Staël. Selon toute probabilité, cette partie a été écrite au moment où Louis XVI II lui-même s'effrayait de la composition de la Chambre que l'histoire parlementaire connaît sous le nom de « Chambre introuvable», et qui se montra si réactionnaire dans le sens royaliste, que Chateaubriand se fit l'interprète de sa manière de voir, en qualifiant l'exécution du colonel La Bédoyère de « bienfait dont le peuple était redevable à la sévérité paternelle du roi ». « Ce sont des fous », s'écria le monarque lorsqu'il fut instruit de ce qui se passait.

Cette Chambre ainsi composée fut pourtant le point de départ d'un revirement de l'opinion. Elle immola d'abord à ses idées Fouché, puis Talleyrand, qui par son attitude à Vienne s'était à jamais aliéné la confiance du tzar Alexandre. A la tête du nouveau ministère le roi appela le duc de Richelieu. Celui-ci était âgé de cinquante ans et avait passé la plus grande partie de sa vie en Russie, où, comme gouverneur de la Crimée, il fonda, grâce à une administration modèle, le bien être du pays et de la ville d'Odessa. « En dépit de l'Assemblée nationale », écrivait Catherine II quand, en 1791 , elle le reçut pour la première fois à sa cour, « je veux qu'il reste duc de Richelieu et qu'il aide à rétablir la monarchie ' ».

Après vingt-cinq années, la prophétie était à la

1 * Grot, Lettres de l'impératrice Catherine 11 à Grimm. Catherine II à Grimm, Tsarsko-Sélo, 2 mai 1791.

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