CHAPITRE SEPTIÈME
veille de s'accomplir, et le gouvernement de la France était entre les mains de cet homme, dont l'intégrité absolue de caractère et d'opinions imposait à tous les partis. Le 25 septembre, Richelieu devint ministre. Quelques jours plus tard, son impérial ami le tzar Alexandre quitta pour la seconde fois Paris, après avoir proclamé solennellement cette Sainte-Alliance dont l'idée mère, due à quelques penseurs allemands, lui avait été suggérée par Mme de Krüdener.
Au duc de Richelieu échut avant tout la lourde tâche de conclure la paix ; puis il rassembla toute son énergie pour faire face aux difficultés de la situation intérieure.
Afin de les indiquer, il suffit de dire que c'était le roi qui maintenant se sentait obligé envers la Charte, tandis que la majorité s'attaquait à elle et obligeait à des mesures répressives. Le royaliste extrême La Bourdonnaye réclamait, rien que pour le châtiment de la « trahison » des Cent- Jours, des centaines de vies humaines. Ni l'exécution de La Bédoyère et de Ney, ni le bannissement de cinquante-sept personnes pour leur vote dans'le procès de Louis XVI, ne parvinrent à apaiser la soif de vengeance de la majorité, qui ne voulut pas même permettre qu'il fut fait mention des atrocités commises dans le Midi. Les fonctionnaires favorisaient les dénonciations et récompensaient les auteurs de rapports secrets. Des députés demandèrent que la direction de l'instruction publique fût retirée à l'Université et rendue au clergé. Bonald obtint l'abolition du divorce en op-
posant la légitimité à la Révolution ; des évêques lancèrent des mandements contre la tolérance et firent acte de foi envers la royauté par la grâce de Dieu sous sa forme la plus absolue. « Le bon sens en réchappera-t-il ? », se demandait Mrae de Staël en enregistrant ces aberrations, et elîe ajoutait avec non moins de raison : « Et, ce qui est pis encore, le sentiment religieux, sans lequel les hommes n'ont point d'asile en eux-mêmes, pourra-t il résister à ce mélange de la politique et de la religion, qui porte le caractère évident de l'hypocrisie et de l'égoïsme ? ' ». Le paroxysme atteignit son comble quand La Bourdonhaye, au cours des débats sur la loi d'amnistie, réclama des chaînes* des bourreaux et des exécutions, et l'avocat Corbière des confiscations en masse. On entrevoyait déjà la possibilité d'un ministère Chateaubriand, Bonald ou Blacas, ou' d'un ministère Matthieu de Montmorency. Mrae Récamier ayant, dans cet état de choses, engagé Mme de Staël à rentrer à Paris, celle-ci lui répondit: « Vous avez la bonté de me dire que je ferais mieux d'être à Paris. Non, en vérité, je n'aimerais pas à jouir des franchises du peuple, moi qui crois les nations affranchies nées. Je prononcerais de certains mots qui ne sont point à la mode, et je me ferais des ennemis sans nécessité... Matthieu, que je ne veux pas blesser, est dans une ligne tout exagérée ; les étrangers, qui sont bons pour moi, me font mal à Paris ; les divisions de partis sont telles qu'on ne peut les
1 Mme de Staël, Considérations. OEuvres complètes, XIV, 355 et sqq.