‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 319 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

réunir clans une chambre, à moins d'être, comme vous, un ange de bonté, qui couvre tout de ses ailes. Croyez-moi, j'ai raison, et c'est aussi l'avis d'Auguste j ». « II règne ici un tel courant de légitimité », lit-on dans une des lettres de Mme de Staël à la comtesse d'Albany, « que jene serais pas étonnée, Madame, de vous voir remonter sur le trône d'Angleterre ». « Les revenants », répondit la veuve de Charles- Edouard, qui avait fait ses expériences par rapportaux anciennes dynasties, « les revenants font de grandes bêtises 2 » . De leur côté, les défenseurs de la cause libérale s'étaient aguerris dans la lutte : Pasquier, Guizot, Barante, Royer-Collard, de Serre, à la Chambre des pairs le duc de Broglie, s'unissaient dans un commun effort pour défendre la monarchie contre l'opposition ultra-royaliste, et le pays contre les menaces delà contre-révolution. Les débats sur la loi d'amnistie firent valoir ses talents à la tribune et dans la presse, et ils offrirent au ministère la réserve d'énergie, de modération et de convictions arrêtées dont il avait besoin pour sauver « les royalistes malgré eux ». Le mot est de Richelieu, qui jeta à un irréconciliable de la droite ces mots inoubliables : « En vérité, je ne vous comprends pas, avec vos haines, vos passions, vos ressentiments, qui ne peuvent amener que de nouveaux malheurs. Je passe tous les jours devant l'hôtel qni a appartenu à mes pères; j'ai vu les terres immenses de ma famille

1 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Copvet et Weimar, 306-307.

, i Ugo Foscolo, heilere inédite, 110.

dans les mains des nouveaux propriétaires ; je vois dans les musées des tableaux qui lui ont appartenu ; cela est triste, mais cela ne m'exaspère pas ni ne me rend implacable. Vraiment, vous nie semblez quelquefois fous, vous quiètes restés en France ». Au cours de la même discussion, de Serre, répondant à la droite qui demandait la tête de Lavalette réfugié en Allemagne, s'écria : « C'est précisément parce que les révolutionnaires ont tué, confisqué et incendié, que vous ne devez pas imiter leur odieux exemple ».

Plus éclatant encore fut le succès de Royer-Collard, dont le dévouement à la monarchie, à un moment où celle ci paraissait perdue sans retour, prêtait d'autant plus de force à ses paroles. Au cours des débats de 1816 sur la loi électorale, un ultra bel- esprit s'écria, en réponse à un discours dirigé contre son parti : « Voilà bien les doctrinaires ! » . Ce mot servit peu à peu à désigner une tendance politique qui a toujours protesté contre l'imputation d'être une école particulière et qui emprunta ses idées aux courants nationaux et intellectuels les plus divers. « Que parle ton de doctrinaires? », avait coutume de dire plus tard Royer-Collard, lorsqu'il entendait appliquer ce mot aux tendances les plus diverses ; « je sais seulement qu'au début nous étions trois, de Serre, Camille Jordan et moi ». Puis vinrent s'adjoindre un néophyte, Beugnot, et trois jeunes recrues, Guizot, Baranteetle duc de Broglie. En ce temps les doctrinaires, selon le mot de l'un d'eux, trouvaient « place sur un canapé » . Camille

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