CHAPITRE SEPTIEME 65j
Jordan n'avait d'ailleurs pas été envoyé à la"« Chambre introuvable ». Il répondit à la question de M,ne de Staël : « Etes-vous disposé à faire pour laliberté ce que vous avez faitcontre l'injustice ? »,par son attitude au lendemain des nouvelles élections de 1816. Il devint le véritable intermédiaire entre elle et le petit groupe doctrinaire ; sur plus d'un point d'ailleurs, la théorie qu'il représentasse rencontrait avec la sienne et avec celle de son père *.
Historiquement, elle se rattachait à la doctrine des constitutionnels de 1791, parce que, comme celle-ci, elle cherchait à rapprocher les partis et à concilier les différentes classes de la société. Elle avait, comme l'opinion de Mrae de Staël, un caractère cosmopolite. Royer- Collard, le véritable chef des doctrinaires, cherchait, comme professeur à la Sorbonne, à introduire en France la philosophie écossaise- François Guizot représentait la tradition de l'école protestante libérale de Genève, à laquelle l'auteur du livre De l'Allemagne, Guillaume Schlegel et Benjamin Constant, avaient inculqué les théories esthétiques allemandes, la notion du droit et la morale empruntées de Kant. Un séjour de plusieurs années au delà du Rhin avait préparé Camille Jordan et de Serre, Broglie et Beugnot, à accepter ces idées. De plus, Mme de Staël consentait à ce que, dans les choses religieuses, l'opinion doctrinaire appuyât sur la morale, qu'elle se prononçât pour l'égalité de droits de tous les cultes et pour la liberté religieuse. Elle qui,
1 De Gerando, Lettres inédites, etc. Mmede Staël à Gerando, 27 septembre 1815.
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pendant des années, avait fait profession de foi républicaine, ne faisait aucune difficulté à admettre que pour les doctrinaires la chose importante n'était pas la forme politique en soi, mais plutôt l'adaptation de leurs idées aux circonstances, qui réclamaient une constitution monarchique en France, républicaine à Genève, — à condition, bien entendu, qu'aucune atteinte ne serait portée à certains principes primordiaux, dont le plus sacré était le respect de la morale et de la justice.
Mais, dans ces limites, les doctrinaires voulaient qu'il fût tenu compte, autant que possible, du droit existant, et eux-mêmes usaient de la façon la plus large de cette liberté. Sur plus d'une question importante, ils suivaient des voies si didérentes, qu'un de leurs représentants les plus dignes et les plus remarquables, de Serre, a pu dire que, à proprement parler, son parti consistait à n'en point avoir '. Royer- Collard, qui partait de cette conviction que la victoire des ultras royaux devait nécessairement aboutir à une réaction révolutionnaire - , voulait en 1816 un contrôle parlementaire et non un gouvernement parlementaire, et, en opposition au parti libéral, demandait que ce pouvoir tout entier fût remis aux mains du roi. Quatorze années plus tard, ce n'était plus Louis XVIII, mais Charles X qui gouvernait ; les choses, en apparence, étaient bien changées, et le même homme politique défendait en 1830, comme président de la Chambre,
1 De Serre, Cowespondance, IF, 140.
2Barante, Vie politique de Iloyer-CoUard, I, 266, 422.