CHAPITRE SEPTIEME
les prérogatives parlementaires contre celles du roi et de son ministre Polignac. La contradiction toutefois était bien plus apparente que réelle. C'étaient toujours les ultras que les doctrinaires combattaient. Seulement, en 1816, ces ultras étaient maîtres, de la Chambre, et en 1830 ils étaient maîtres du ministère.
De Serre, qui ne s'était rallié à la monarchie qu'en 1814, mais pour lui vouera partir de cet instant une fidélité à toute épreuve, voulait l'organisation du droit électoral sur la base des intérêts sociaux. Les autres, avec eux Guizot dans le Moniteur, étaient partisans d'un cens de trois cents francs, qui transportait aux classes moyennes le centre de gravité, et, par la loi électorale du 5 février 1817, assurait leur prépondérance politique pour les trente années suivantes. Le duc de Broglie avait pris une autre route et recommandé, évidemment sous l'influence de La Fayette, en mars 1815, un peu avant la fuite de Louis XVI 11 et le retour de Napoléon, l'expérience de 1830, la candidature du duc d'Orléans. « J'indiquai la branche cadette », dit-il, « comme l'unique espoir des gens de bien et de bon sens1 ». Il ne s'agissait nullement d'un complot, encore moins d'une prédilection personnelle, car il ne connaissait presque pas le duc d'Orléans. Quand, au lieu de cette solution, qui lui semblait seule désirable, les Cent-Jours commencèrent, le duc de Broglie prêta sans hésitation, pour la seconde fois, serment de
1 Duc de Hroglie, Souvenirs, 1,299. Comparer La Fayette, pages 620. 638 639 de ce volume.
fidélité à l'Empereur, qu'il haïssait, uniquement en vertu de ce principe, qu'il faut tirer parti des situations existantes, et que cette fois la phase constitutionnelle des Cent-Jours pouvait servir à l'organisation d'un gouvernement assez fort pour débarrasser la France de l'Empereur1. Mme de Staël, aussi, s'est toujours montrée fort réservée sur la question dynastique. Pourtant, le commentaire qu'en donna son futur gendre lui sembla un peu trop indépendant. Lui-même sentit plus tard qu'il était allé trop loin, et du camp libéral il passa dans le camp doctrinaire. Il y avait d'autres différences plus profondes entre les opinions politiques de Mme de Staël et celles des premiers doctrinaires. Elle regardait la mise en pratique des institutions constitutionnelles comme possible à une seule condition : c'est qu'une forte aristocratie représentât la cause de la liberté nationale. En cela elle s'appuyait absolument sur les idées anglaises. La première génération des doctrinaires, au contraire, ne cachait pas ses préférences pour l'élément bourgeois ; elle se prononça de la façon la plus formelle contre toute tentative d'adapter les institutions anglaises aux choses de la France 2. Quand il fut question, en 1814, de récompenser le royalisme de Royer-Collard par un titre de noblesse, celui-ci ne manqua pas de répondre qu'il professait assez de dévouement à la personne du roi pour oublier cette impertinence. Ce ne fut qu'après la publi-
1 Duc de Broglie, Souvenirs, I, 306, 11,210, 299.
2 Viel-Castel, Histoire de la Restauration, IV, 525. — Barante, Vie politique de Royer-Collard, I, 139, 236.