CHAPITRE SEPTIÈME 66 I
cation des Co?uide'rations, quand des jours plus calmes permirent le fonctionnement paisible du mécanisme parlementaire, que Mmo de Staël connaissait incomparablement mieux que la majorité encore très inexpérimentée des parlementaires français, que ses vues à elle exercèrent une action décisive sur la jeune génération des doctrinaires.
Au mois d'avril 1816 toutefois, quand la première Chambre dont ils faisaient partie fut prorogée, le but qu'ils se proposaient d'atteindre parut indéfiniment ajourné. Des conjurations et des soulèvements sur les points les plus différents du pays servaient aux ultras à démontrer la nécessité d'une sévérité implacable, et leurs députés furent accueillis à leur retour avec des acclamations frénétiques. En octobre, la réouverture de la session devait être signalée par la chute du ministère. Les choses, cependant, étaient destinées à prendre un autre cours.
Au nombre des collègues du duc de Richelieu était Decazes, qui avait remplacé le duc de Blacas dans la faveur du roi. Decazes savait combien Louis XVI II avait en antipathie la majorité, qui représentait non ses idées, mais celles de son frère, et qui poussait constamment l'autorité royale, dont elle blessait les prérogatives, à des mesures funestes. Decazes résolut en conséquence de dissoudre la Chambre. D'abord le duc de Richelieu refusa, surtout parce que la Conférence européenne, qui continuait à représenter à Paris les puissances, mettait constamment en garde contre les ultras et indiquait cette même solution. L'idée de se savoir appuyé par les étrangers était insup-
portable au patriotisme du duc de Richelieu : « Plutôt périr par des Français qu'être sauvé par des étrangers », dit-il à Decazes. Mais sur la Francevpesaient, avec l'occupation, de lourdes charges pécuniaires, et aussi longtemps que cette Chambre dirigeait les affaires, il ne fallait songer ni à un arrangement financier favorable, ni à des concessions de la part des puissances. Cette considération l'emporta dans la balance. L'opinion publique, elle aussi, finit par réagir d'une façon de plus en plus énergique, Richelieu se laissa convaincre de la nécessité de la dissolution de la Chambre, nécessité à laquelle furent également gagnés Laine, Pasquier, Royer-Collard, de Serre, Guizot, et fina'ement le roi lui-même. Il décréta cette dissolution par son ordonnance du 5 septembre, et assura ainsi, au milieu des applaudissements de l'Europe, la durée de son gouvernement. Les élections décidèrent en faveur du ministère en assurant la majorité aux royalistes constitutionnels. Ainsi fut réfutée la prédiction de Chateaubriand, qui dans sa brochure de La monarchie suivant la Charte, avait annoncé une Chambre de conventionnels.
Les choses ayant pris cette tournure, Mme de Staël se décida enfin à rentrer en France.
L'état de santé de Rocca, qui empirait de jour en jour, l'avait déterminée en octobre 1815 à se rendre pour un temps en Italie ; elle se dirigea vers Pise parle Piémont et la Toscane. Sa fille et Guillaume Schlegel l'accompagnaient. Auguste de Staël et le duc de Bro glie vinrent la rejoindre au mois de janvier. Le gou-