CHAPITRE SEPTIÈME
vernement français termina enfin l'affaire ù longtemps ajournée de la restitution des deux millions de francs avancés par Necker, en faisant inscrire Mmede Staël sur le grand-livre pour une rente de cent mille francs, et le 15 et le '20 février eurent lieu à Pise et à Livourneles cérémonies du mariage du jeune couple. Ce mariage fut célébré d'après les deux rites différents auxquels chacun des époux appartenait, sous cette clause que les fils qui naîtraient de cette union seraient élevés dans la religion du père, les filles dans celle de la mère. Des petits-enfants de Mme de Staël ont, de nos jours, porté l'habit du prêtre catholique et la robe de la diaconesse. Un salut poétique de Guillaume Schlegel à la fiancée renfer mait ce passage :
« Un rayon de ta mère éclaire ton être, rayon encore à demi voilé, gracieux reflet. De bonne heure ton esprit a déployé ses ailes, pour suivre le sieu, pour planer au- dessus des vains mirages de la terre... Apporte comme pénates au foyer de ton époux l'image de ta mère et l'ombre de son père ! » .
Benjamin Constant était alors à Londres. Il avait éprouvé, à la suite de la seconde Restauration, le désir très naturel de faire oublier par un éloignement temporaire de Paris, où certaines gens demandaient sa tête, sa confiance précipitée dans l'efficacité de la feuille de papier par laquelle Napoleon avait garanti la liberté. Quand il apprit le mariage de Pise, il écrivit à Mmo Récamier : « Je n'ai rien de Mme de Staël,
1 * A. G. Schlegel, Œuvres complètes, I, 154. A Albertine de Staël.
quoique je lui aie écrit. AMa lettre a peut-être été pardue. Je sais Albertine mariée, je la souhaite heureuse. Son mari est un homme excellent, et je ne lui crois pas à elle, telle que l'éducation Fa faite, un besoin impérieux d'une sensibilité expansive. Mme de Staël a ramené ses enfants à une raison parfaite par l'excès et les démentis de son enthousiasme1 ». En mai, il reçut de ses nouvelles, datées, cette fois, de Florence. Elle lui parlait de son dessein d'aller en Grèce et de son poème de Richard Cœur-de-Lion, qui lui tenait fort à cœur, « Je crois que je ferai une belle peinture des effets de l'imagination dans l'âge mûr », lui dit-elle, « cet âge où les objets qui vont bientôt s'obscurcir sont encore illuminés par les rayons pourprés du soleil qui baisse. Mais ma santé décroit, et plus encore mon intérêt pour une existence désormais si courte. J'y tiens cependant, à présent qu'elle est heureuse, et je regrette le temps que le malheur m'a coûté. Qui oserait rendre compte de tous ces jours à celui qui nous a fait ce merveilleux présent? 2 » . Elle écrivit dans une disposition d'esprit analogue à Mme Récamier : « J'ai souffert cruellement le mois dernier par un catharre violent qu'a eu M. de Rocca. Grâce à Dieu, il en est rétabli. Mais un jour, je vous dirai tout ce qui s'est passé dans mon àme pendant ce temps. Vous serez étonnée de ce qu'il a gagné sous tous les rapports. Tant de patience, tant d'études, tant de reconnaissance pour
1 Benjamin Constant, Lettres à Mme Récamier, 295-296.
2 * Adolphe Strodtmann, Profils de poètes et caractères de la littérature étrangère, II, 40-41.