‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 326 sur 341 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Elle était revenue à Paris avec la résolution d'y me- •ner une existence tranquille. Mais, à peine rentrée, elle se sentit riprise par son intérêt pour tous les incidents de la vie politique et littéraire, pour les hommes et pour les idées, et, sans se ménager, elle s'imposa, comme par le passé, les obligations et les fatigues de la vie mondaine. Entourée et fêtée comn.e elle l'était, il ne lui échappait cependant pas qu'une atmosphère de plomb pesait sur les esprits, que personne ne disait ce qu'il pensait, et que les antipathies politiques étaient toujours près de se terminer en haine personnelle.

Une autre conséquence singulière de la lutte des partis était celle-ci, que beaucoup de royalistes extrêmes réclamaient à présent, d'accord avec Chateaubriand dans La monarchie suivant la Charte, une interprétation de la Constitution dans le sens de la Constitution anglaise, « afin de délivrer de cette manière le roi de ses ministres m . Dans son appel à l'union, par lequel il fit sa rentrée en France, Benjamin Constant félicita ironiquement les deux grands porte-paroles de la droite, Chateaubriand et Fiévée, de s'être, eux aussi, convertis à la liberté '..

Les dernières luttes de la tribune dont fut témoin Mme de Staël concernaient la loi électorale et la dotation du clergé. Son gendre prit part4à la première de ces discussions et défendit la loi. L'autre offrait au talent oratoire de Camille Jordan une brillante occasion de se déployer, à propos de la question ecclé-

1 Benjamin Constant, De la politique qui peut réunir tous les partis en France, 1817.

siaslique, dans l'intérêt des droits de l'Etat et d'une politique impartiale. Mme de Staël l'avait regagné à la vie publique en lui faisant remarquer que, pour la première fois depuis 1789, il était possible aux individus d'exercer une action décisive sur les affaires. C'est également à l'influence de Mme de Staël qu'on attribua en grande partie le consentement donné enfin par Wellington, qui y répugnait beaucoup, à une réduction des troupes d'occupation.

Par contre, on lit ceci dans la Correspondance de lord Castlereagh : « Dès son arrivée à Paris, à la fin d'octobre, Mme de Staël, par la vivacité de ses discours contre l'occupation armée de la France, avait fort irrité les ministres étrangers. Quand elle sut que la plupart des cours étaient favorablement disposées et que l'Angleterre seule faisait obstacle au soulagement désiré, toute l'ardeur de son indignation patriotique se porta sur sir Char; es Stuart et sur M. Ganning, et, un jour que ce dernier dînait chez elle, elle le prit ouvertement à partie, en opposant, avec sa verve ordinaire, la conduite libérale et généreuse de l'empereur de Russie à la conduite égoïste et illibérale des ministres anglais1 ; à quoi M. Canning répondit par une vive attaque contre la nation française et contre l'empereur de Russie, que l'on détournait, dit-il, de son devoir et de qui l'on faisait un Jacobin 2.

La Correspondance de Villèle mentionne Mme de Staël en ces termes : « Wellington est décidément

1 Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, IV, 97.

2 * Bernhardi, Histoire de Russie, III, 438.

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