CHAPITRE SEPTIEME 67 I
acquis au ministère par l'entremise de Mme de Staël, qui joue un grand rôle ici cette année. 11 s'entend avec Pozzo pour trouver très bon un ministère qui les consulte sur tout et fait tout ce qu'il peut pour les payer1 ».
Mme de Staël et Royer-Collard se rencontrèrent à un dîner chez M. de Barante, qui avait été arrangé à cette intention. Ils s'entendirent sur les questions du jour, sans cependant se lier autrement. Elle avait en matière de relations sociales un besoin de naturel et de simplicité que le ton dogmatique du futur chef des doctrinaires n'était guère propre à satisfaire 2. Sainte-Beuve mentionne un dîner plus gai, qui cette fois eut lieu chez elle et où se réunirent le ministre Pasquier, Mme de Vintimille, Lally, qui n'était pas seulement le plus gras, mais encore le plus gai des hommes sensibles. 11 s'agissait pour Mme de Staël d'une réconciliation avec son ancien adversaire littéraire, Fontanes, et avec son adversaire politique, Chateaubriand. Elle y « fut d'une grâce suprême et de la plus belle patte de velours que femme puisse faire». Fontanes, dont la position était plus difficile, s'y montra aussi très aimable et très spirituel 3. A une autre occasion, Lemercier, « avec ses grands yeux bleus noblement animés, sa physionomie opiniâtre
1 Villèle, Mémoires et correspondance, II, 161, 8 janvier
2 Duc de Broglie, Souvenirs, 1, 372-373.
8 Sainte-Beuve,, Chateaubriand et son groupe littéraire, lx 194, note.
et pénétrante l », lut dans son salon sa tragédie de Clovis.
Un des derniers livres qui l'aient occupée est Y Histoire de la session de 1815, par Fiévée. « Ce n'est que de nos jours », écrivait-elle à cette occasion à Meister, « qu'il est possible d'employer les formes de la logique pour s'attaquer au bon sens».
A ce moment, au sein de cette existence fiévreuse partagée entre le travail intellectuel et le monde, la force, soudain, lui fit défaut.
Un soir, à une fête donnée à l'hôtel Decazes, Mme de Staël s'évanouit sur l'escalier. On la ramena chez elle, où elle essaya en vain de serrer la main de son mari ; la sienne était devenue comme privée de vie. Ceci se passait en février. À partir de ce jour se produisit peu à peu une paralysie qui ne laissa intactes que les facultés intellectuelles. Pour ajouter à la tristesse de sa situation, elle qui, pendant les dernières années, avait souffert d'insomnies à peu près continuelles, elle fut prise à présent de l'angoisse que, pendant qu'elle reposait, les yeux de Rocca ou les siens pourraient se fermer pour toujours. Il la pria de dormir au moins cinq minutes, en lui promettant de l'éveiller au bout de cinq autres minutes, puis de vingt minutes, et elle s'accoutumait ainsi petit à petit à dormir suivant ses forces. Elle avait toujours craint la vieillesse, la maladie et la mort. Cependant ces dernières épreuves, lorsqu'elle eut à les subir, la trouvèrent pleinement résignée. Dans
1 Villemain, Souvenirs contemporains d'histoire et de lit* térature, II, \2.